Bovarysme contemporain

Dans le corps de Naples, Giuseppe Montesano, traduit par Serge Quadruppani, éditions Métaillé, 240 pages, 18 €

lecture d'Alain Jean-André

Le second roman de Giuseppe Montesano, professeur de philosophie de 42 ans, est sensé mettre en scène une ville-monde, Naples. En fait, plutôt que d'évoquer un lieu dans sa complexité ou sa poésie, sa dure réalité ou ses mythes, l'auteur raconte la difficile maturation d'adolescents attardés. Ils pourraient autant vivre à Milan qu'à Berlin, à Barcelone qu'à Londres, emblématiques d'une certaine jeunesse des sociétés prospères d'aujourd'hui.

Landro et Tammasso, qui auront bientôt trente ans, prolongent leur statut d'étudiants. Ils vivent chez leurs parents, lisent beaucoup, parlent beaucoup, prennent à la lettre des phrases de Rimbaud, Nietzsche, Dostoïevski, cherchent « quelque chose qui change la vie », sans trouver « le lieu et la formule. » A leur manière, ils incarnent un bovarysme fin de siècle qui se heurte aux dures lois du réel. Leur « problème était toujours constitué par la réalité. Qu'en faire ? »

Ils se trouvent entraînés dans une série de péripéties rocambolesques plutôt que picaresques, qui les met en contact avec des personnages très différents : Don Sesamo, le prêtre aux activités politiques occultes, 'O Tolomeo, l'entrepreneur cynique marié à une allemande, Fulcaniello, l'ésotériste qui veut entrer dans le corps (souterrain) de Naples, Zizi, sa boulimique compagne qui devient une cuisinière exceptionnelle, Arcana et Stella, jeunes filles émancipées qui veulent s'amuser parce que "la vie est courte", etc. Ce beau monde, qui ne se fait pas de cadeaux, se retrouve dans une grande maison, au milieu du parc Paradis. On passe du roman feuilleton à la farce, du grotesque à l'ironie mordante, une manière, plus qu'une matière, qui peut irriter ou amuser.

© Chroniques de la luxiotte
(Mis en ligne le 22 mars 2002)