Une petite musique insistante

Ecrire à côté, James Sacré, éditions Tarabuste, 13,72 €

lecture d'Alain Jean-André

De livre en livre, James Sacré reprend, avec sa phrase savamment hésitante, le même monologue envoûtant et plein de charme. Et le lecteur retrouve un ton, une petite musique qui lui parle toujours de « quelque chose de mal raconté »;. Dans Ecrire à côté, on passe d'un bistrot de Bruxelles à des petits « restau » d'Aix-en-Provence, Paris, Las Vegas, Phoenix, etc, des lieux presque vides qui lui permettent de toucher « avec sa rêverie l'épaisseur du feuillage ».

Prime d'emblée un certain mal être « sans doute que justement je suis mal accompagné / avec ma solitude et l'espèce de lassitude qui me vient... ». Mais rien de triste dans ce constat : il le fait avec douceur, simplicité, sans un mot plus haut que l'autre. Et, quand il marche dans les rues d'Aix, ou d'autres villes, il laisse poindre des bribes d'un passé  peut-être douloureux (« Je pense à comment j'ai mal connu mon père, j'aurais voulu / être avec lui dans la parole et le jeu de la vie / et moins dans la colère ») voire nostalgique (« la cuisine bonne femme d'antan / ramène des souvenirs d'avoir mangé à la campagne avec ses parents »)

Dans la poésie d'aujourd'hui, James Sacré rappelle un musicien qui entonne des mélodies prenantes avec des variations sans fin : il écrit des phrases bancales, plus ou moins inachevées, floues, transformant la grammaire usuelle en une grammaire poétique, la sienne. Il donne aussi, dans une partie du livre, différents états d'un texte rédigé à partir de planches peintes par Arezki Aoun, qui n'ont rien de brouillons, mais signent une démarche contemporaine.

Aussi, on se demande s'il faut entièrement croire des remarques comme celle-ci : « Mon poème perdu quelque peu je sais pas / je sais pas trop ce que je voudrais dire à propos d'Aix-en-Provence et du mélange de ses habitants ». Car il a su suggérer, avec des touches délicates, une réalité méditerranéenne complexe qu'il a directement perçu. Surtout, il a déployé avec une grande virtuosité une écriture dans laquelle « le rien et la vérité se lient ».

© Chroniques de la luxiotte
(Mis en ligne le 14 mars 2002)


Tarabuste Editeur, rue du Fort, 36170 Saint-Benoît-du-Sault.