Mémoires d'un oiseau

Mémoires d'un oiseau, Françoise Henry, Pauvert, 160 pages,14 €.

lecture d'Alain Jean-André

Il y a des livres peu bruyants, tracés d'une écriture légère, qui se frayent un chemin discret, loin des effets de réel et de mode, et qui apportent à la littérature un ton différent. C'est le genre de réflexion qui vient à l'esprit quand on lit Mémoires d'un oiseau, récit musical de Françoise Henry, qui mêle le temps de la narration et celui de l'écriture avec une fluidité remarquable.

Le récit ? Une femme de 40 ans se remémore un soir des événements de son adolescence, ou plutôt laisse venir à elle, comme s'il n'y avait pas de distances entre le présent et le passé, des souvenirs de ce temps-là et de son enfance. Fille fragile, elle vivait à Pau, elle préparait son bacho ; mais, aussi, elle apprenait le piano, pratiquant ce qui « échappe à la matérialité : la musique » avec madame Holinson. <

Pourtant, en même temps, que se passe-t-il ? On maigrit, « on s'allège peu à peu (...), on ne se nourrit plus que de fruits, de graines ou de miettes, comme les passereaux. On est devenu, en somme, doublement oiseau. Y aurait-il un drame à l'origine de cette anorexie ? Les scènes qui se suivent, les personnages qui apparaissent et disparaissent, échappent à une causalité élémentaire. Le lecteur y découvre tout de même, mine de rien, au détour d'une phrase, un discours de femme qui dit beaucoup de choses à demi-mot.

Ce livre musical, poétique suggère beaucoup, laissant aux êtres et aux événements leur part de mystère. La narratrice y dit le retour de la musique en elle, la part d'oiseau en elle, la part, aussi, de l'écriture. N'écrit-elle pas ? « Ton livre te donne de la force. Son encre, c'est le sang de l'oiseau. Vivant »

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 11 octobre 2002)