Un pas tremblant dans le désert

Un pas tremblant dans le désert, Patrice Llaona, 110 pages, éditions l'Harmattan.

par Philippe B.Tristan

Le bleu d'azur descend
et traverse le jaune sable

La tonalité d'Un pas tremblant dans le désert est donnée, entre couleurs, rythme et choc des espaces, du plus grand angle à la vue macroscopique. Car Patrice Llaona s'avance dans son désert textuel comme dans une partition musicale aux enluminures colorées. Le rythme, la couleur, le choc des formes sont au service d'un théâtre dionysiaque où chaque souffle, chaque choc, du plus infime élément, sont comme les acteurs d'une scène rituelle primitive.

Rien le vin sec du sang
dans l'espace sans nom.

Le désert de Patrice Llaona est un spectacle détonnant dans l'univers de l'infime comme du plus grand :

Nouvel astre, petit lac incrusté,
Un grain du bleu tombé du feu.

L'immensité est telle qu'un reflet sur une pierre est aussi insignifiant et aussi fondamental qu'un lac sous le sable des étoiles. « Le minuscule tambour d'un grain de sable » résonne dans la conscience attentive du poète qui, avec nous, sous ce ciel immense et mythique du désert, cherche sa réelle proportion.

De son « pas tremblant » Patrice Llaona nous fait pénétrer dans un corps textuel où les mots résonnent de mille reflets, de mille sonorités, qui font de sa poésie un espace redoublé, décuplé, aux proportions propres. Nous progressons page après page, non pas tremblant mais frémissant, comme ces couleurs qui scintillent dans notre nuit intérieure, sous le contre-jour du soleil de plomb ou d'un soleil de sang :

« L'eau qui hante, le roc, l'insoutenable éclat du ciel : un chant rythmique ».

Vers quel impossible ou vers quel impalpable Patrice Llaona cherche-t-il à nous conduire ? Au delà de la chair et dans la chair, au delà du monde et pourtant sous le soleil, plus loin qu'aucun pas puisse conduire et pourtant, pas après pas, chacun de ces poèmes abat une limite et en invente une autre, brise l'espace et construit un volume nouveau.

J'ai peint l'écart, l'immobile, le mouvement

L'écart, c'est bien cela, et dans cet écart notre lecture se poursuit avec passion, avec cette jouissance dont parlait Roland Barthes dans son Plaisir de Lire.

© Chroniques de la Luxiotte
(20 décembre 2002)




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