Drame feutré de la petite enfance

La porte de l’eau, Rosetta Loy, (traduit de l'italien par Françoise Brun), Éditions Rivages 2001, 12,52 €

lecture de Marie-Françoise Godey

Chacun de nous porte en lui des souvenirs de sa petite enfance.

Il faut un livre comme celui de Rosetta Loy pour que resurgissent les petites culottes de coton à boutons, la page du livre de contes dont l’illustration terrifiait, les souliers à hauts talons teintés d’interdit essayés tout de même, l’enfant attirant qu’on déconseillait de fréquenter, le ballon réclamé à grands cris, les jeux sacrilèges, les « caprices » que les adultes ne pouvaient s’expliquer… Adultes aimés ou adultes effrayants, avec lesquels vous ne pouviez communiquer…

Et vous fouillez les recoins de votre mémoire. À partir d’une image ponctuelle vous reconstituez ou vous brodez tout un passé dont vous sépare « un océan de vie et un séisme de sentiments ». Ainsi fut écrite La Porte de l’eau, récit qui se passe à Rome, à la fin des années trente : une fillette, de parents très aisés mais distants et sans tendresse, se prend d’une vive affection pour sa jeune gouvernante allemande qui reste indifférente. L’auteur relate, sans les interpréter, les signes précurseurs d’une séparation ressentie comme un cruel abandon.

Cet ensemble, Rosetta Loy le donne à lire avec son regard d’enfant « J’étais vivante moi, et qui sait peut-être même éternelle. », comme on admirerait une broderie dont chaque point finement travaillé est séparé mais à la fois indissociable du suivant, et dont on ne perçoit l’étendue qu’avec recul.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 1 septembre 2002)


Lien :
       Lire la chronique sur La Bicyclette