L'enfance d'un poète

Les étincelles noires, une enfance alsacienne, Jean-Claude Walter, Gérard Louis éditeur (54 740 Haroué), 110 pages, 14 euros.

lecture de Françoise Urban-Menninger

Bachelard écrivait dans sa poétique de la rêverie que « notre enfance attendait longtemps avant d'être réintégrée dans notre vie » et que ce processus n'était réalisable que dans la seconde moitié de la vie « quand on redescend le coteau ».

Jean-Claude Walter, dans Les étincelles noires, exhume de son enfance des souvenirs pleins d'odeurs, de lumière et de poésie. On le voit s'ouvrir au monde et le monde s'ouvrir à lui. Car dans ce kaléidoscope qui nous remémore les premières années de sa vie, on retrouve le poète de Poèmes premiers ou de L'amour Parole (Ed. Rougerie). Le tutoiement de l'auteur avec lui-même lui permet de renouer avec cette part d'enfance qu'il n'a jamais cessé de porter au fond de lui.

Le livre, tel une boîte au trésor enfouie dans le jardin d'un petit village alsacien, livre ses secrets où bonheurs infimes et joies incommensurables côtoient chagrins et désespoirs d'enfant. Ainsi la découverte des filles, leur parfum enivrant exhalent les prémices de cette poétique du désir que l'on retrouvera dans chaque recueil du poète. L'amour de la mère, la quête du père, les mystères de la vie et de la mort, souvent liés au rituel religieux reviennent avec leurs odeurs d'encens dans les poèmes de l'âge adulte.

En nous restituant sa part d'enfance, Jean-Claude Walter, non seulement nous invite à plonger dans cette atmosphère d'après guerre si particulière, mais également à assister à la naissance d'un poète. Voilà en quoi ce livre est si rare et si précieux . Les mots et les réminiscences de l'enfance sont déjà des germes de poèmes. Ils en sont le creuset et contiennent en eux le secret de l'alchimie poétique. Lorsque Jean-Claude Walter évoque « La forêt sacrée » et écrit « La forêt te parle. Elle t'accueille, elle t'enseigne ce qu'elle peut t'offrir, elle reçoit tes interrogations », on comprend, comment l'homme a pu devenir poète malgré la vie. Pour Jean-Claude Walter, l'enfance semble être un état d'âme où chaque arôme, chaque souvenir devient une veilleuse dans la chambre des mots où rêve le poète. Seul à seul, dans ce temps recomposé de l'enfance, l'auteur célèbre un jardin cosmique où c'est la mémoire qui respire. Dans les « Leçons de choses » le petit garçon caché dans le coffre à linges respire le parfum de sa mère, il aime à rejoindre ses parents dans les draps odorants ou s'enivre dans "L'enfant de choeur" de cette odeur d'encens qui monte aux narines.

Plus qu'une simple biographie Les étincelles noires sont les fragments d'un long poème en prose qui nous donne tout à la fois les clés d'une existence et un nouvel éclairage d'une oeuvre poétique à découvrir ou à redécouvrir.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 9 novembre 2002)


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