Entre mélancolie et joie de vivre

Dumky, de Christophe Fourvel, La fosse aux ours, 14,5 €

lecture de Marie-Françoise Godey

Six nouvelles qui portent en filigrane le titre Dumky pluriel, l’auteur nous le révèle, de Dumka : « La Dumka n’est ni un style ni une forme. Inspirée par les grands espaces de l’Ukraine qui en constituent l’origine, elle définit un état de l’être proche du spleen, alternance de mélancolie et de brefs moments d’agitation. »

Il s’agit bien dans ce livre de nous faire partager cet état. Dans chacune des nouvelles, le narrateur se trouve en permanence en fragile équilibre entre joie de vivre et déprime. D’une sensibilité extrême pour – « l’à coté des choses » – de la vie, qu'il nous décrit dans une langue sans fioritures, toute en poésie, il note que «la présence de la mort rappelle le précieux des choses et du temps. »

Il raconte le jour ordinaire où il a appris que Tom allait mourir ; le village où il s’installe avec son amie qui le quitte et où il connaît un bref amour de vacances, «la tristesse qu’on se refile un jour ou l’autre avec l’amour. » Il emprunte regard et pensée féminines pour aborder la mort du père ; dépeint le paysage physique et mental fascinant des pays nordiques, mers, vent, froid où il traîne son noir – «noir dilué, gris, gris clair à présent » –. Il relate un bref séjour en Albanie.

Ses récits sont nourris de références littéraires, musicales, picturales. Un monde dans lequel le narrateur / auteur, grand lecteur – « J’ai les yeux brûlés par la lecture » –, amateur de peinture, proche du théâtre, évolue : il vaut mieux les connaître pour apprécier pleinement ses textes.

Enfin, s’il écrit, c’est pour tenter de révéler sa part inaccessible : « Il m’a souri avec la confiance que l’on accorde à ceux pour qui le silence suffit. »

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 4 janvier 2003)


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