Poésie enchantée de Pierre Garnier

Car nous vivons et mourrons si peu et L'Immaculé conception, Pierre Garnier, Editions En Forêt / Verlag im Wald.

lecture d'Alain Jean-André

Y a-t-il une poésie des villes et une poésie des champs ? C'est une question qu'on se pose en lisant les longs poèmes de Pierre Garnier. Ce qui est sûr, par contre, c'est qu'il donne à lire une poésie enchantée, une poésie touchée par la « grâce » – un mot qui revient plusieurs fois dans ses vers. Avec peu d'images, il (r)éveille des mondes oubliés ou insoupçonnés : il le fait en évoquant l'enfance, les êtres proches qui meurent, l'amour, la guerre, etc, thèmes classiques suggérés avec la précision et la légèreté du dessin (si je peux employer cette image).

Sa poésie conjugue des événements fondamentaux de l'existence et un sens cosmique : ses textes rappellent des dessins d'enfants ou des fables : en lisant certaines strophes, on pense à des toiles d'art naïf, voire de Chagall ; on voit défiler des scènes de l'enfance, de la guerre vue par les yeux d'un enfant, des portraits d'êtres proches ; et, ce qui domine alors, c'est l'émerveillement des découvertes du monde, à partir du village, de l'école primaire – la communale –, des moments plus graves aussi, et, sans doute aussi, les premières rencontres de la poésie.

Dans ces deux livres, le poète évoque aussi la fin d'un monde : la civilisation rurale avec ses ponts aux « arches romanes ». Il le fait sans nostalgie. Il se contente de le noter avec des mots qui nous ont déjà quitté, qui ne se trouvent plus que dans les livres, qui sont parfois devenus incompréhensibles. Une manière très efficace de dire la disparition. Par conséquent, grâce, émerveillement, poésie, mais pas naïveté. Plutôt façon de se dépouiller de l'accessoire, d'atteindre une simplicité biblique pour dire deuils, mutations profondes, en se permettant une fantaisie de ton, d'images remarquable.

Deux vers du poète pour conclure :
une autre lumière naît en haut des mots
vers leurs cimes couvertes de neiges éternelles.


© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 12 mars)