Raymond Queneau a cent ans !

lecture d'Alain Jean-André

Tout arrive, même le fait de devenir centenaire. Ce 21 février 2003, c'est l'anniversaire de Raymond Queneau, autrement dit Raymond le Chien. Vous vous rappelez de Zazie dans le métro, ce roman qui commence par «doukipudonktan » ? C'est lui. Vous avez lu le poème qui devint une chanson, Si tu t'imagines... : ? C'est lui - et vous pouvez retrouver d'autres textes de lui tout aussi amusants, légers, profonds, dans son recueil poétique L'Instant fatal ; sans compter sur ses Exercices de styles qui sont entrés tout crus dans les manuels scolaires...

Raymond Queneau fut un de ses monstres - on trouve difficilement un autre mot - qui mettent à bas le cliché de l'opposition entre lettrés et matheux. Poète, romancier, il aimait les mathématiques ; il référença des « fous littéraires » (ce qui n'intéressait personne dans les années 1930) ; il joua un rôle majeur dans l'Oulipo (L'Ouvroir de Littérature Potentielle) en parlant (1955) de « soutiens de l'inspiration » ; il publia en 1961, Cent mille milliards de poèmes, dix sonnets aux vers interchangeables.

Il fut zouave en Algérie et au Maroc (à l'époque, la France possédait un empire colonial et les jeunes Français faisaient un long service militaire); il fit parti du groupe des écrivains surréalistes, mais rompit vite avec le pape André Breton ; il travailla avec Georges Bataille, côtoya Boris Vian, s'intéressa à la psychanalyse, écrivit pour le cinéma, dirigea l'Encyclopédie de la Pléiade. Derrière le taquineur de vers, le joueur de mots, on trouve un encyclopédiste de talent. Mais son écriture conjugue avec brio le populaire et le savant. En somme, il avait pas mal de cordes à son arc. Et surtout de l'humour.

Raymond Queneau est né le 21 février 1903. Il a 100 ans aujourd'hui. Je ne pense pas qu'on le verra souffler les bougies d'un gros gâteau devant la caméra d'une chaîne de télévision pour le 20 heures. Il s'est éclipsé en 1976, laissant derrière lui une oeuvre variée, vivante, rafraîchissante. Comme on trouve ses bouquins en poche, on peut facilement lire ou relire ses poèmes, ses romans et ses essais. On y respire les parfums du milieu du siècle précédent ; mais on y touche aussi une liberté loin des chapelles et des dogmes. Par conséquent, un écrivain bien vivant.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 21 février 2003)