Un joyau dans la nuit

Otis Redding, Geoff Brown (traduit par Isabelle Leymarie) 10/18.

par George Len

Il y a des voix qu'on n'oublie pas, des voix qui traversent des océans et des générations. Celle d'Otis Redding en est une. Un joyau dans la nuit, venu de la petite ville de Maçon, située au coeur du Sud ségrégationniste des Etats-Unis, pays de la liberté. Le gosse fruste de ce coin-là a fait monter haut les accents de la soul music. C'était -- faut-il le préciser ? -- à une autre époque que la nôtre, une époque devenue mythique, que bien des livres revisitent aujourd'hui.

On peut lire aujourd'hui Otis Redding de Geoff Brown (traduit en français). Ce n'est pas de la littérature, c'est même un livre plutôt mal foutu côté composition ; pourtant avec nombre d'anecdotes, des témoignages de musiciens, de proches, ce bouquin forme un document qui nous plonge dans un monde de production (celui des race records, disques réservés au marché afro-américain) particulièrement révélateur.

Otis Redding n'était pas bavard sur sa vie privée, sur les questions de son temps (intégration, droits civiques, etc.). Sa carrière s'est terminée dans un accident d'avion, en décembre 1967 : il avait 26 ans. Il a disparu il y a bien longtemps, pourrait-on dire. Bien longtemps ? Pas si sûr. Ses disques restent, sa voix inoubliable n'est pas morte. Le bouquin refermé, on peut éteindre les lumières, sortir un vieux vinyle ou un CD, et retrouver ce joyau dans la nuit.

© Chroniques de la Luxiotte
(25 octobre 2003 - revu, 15 juin 2015)



Autres parutions sur ce thème :

Mystery Train, Greil Marcus, Folio actue€l. Un des premiers livres pour penser la musique rock, en poche.
Sweet soul music, Peter Guralnick, Ed. Allia. Rhythm and blues et rêves de liberté.


Voir le dossier : Jazz, rock et littérature