Chutes tranquilles

Douze mètres cubes de littérature, Roland Fuentès, Editions du Rocher, 17 €

lecture d'Alain Jean-André

Voici des nouvelles dans lesquelles le lecteur croise des personnages et des situations curieuses. Ce François Dalloz, par exemple, tailleur de diamants de Saint-Claude qui se transforme en fontaine à lait ; ou Mervi, cette femme qui saute du 283 étage de son immeuble et se retrouve dans un arbre géant. Les récits de Roland Fuentès flottent entre réel et fantastique, flirtent avec un sens poétique qui fait parfois penser à Jules Supervielle.

Mouvement dominant : la chute -- mais une chute sans drame, légère, voire souriante. Quand un homme se met à manger comme un chien dans une écuelle, il couche tout de même avec la rousse qui lui a tapé dans l'oeil. Quand Plavnik devient si petit que l'on ne sait plus s'il est devenu électron ou quark, il ne fait qu'échapper aux regards des autres. Enfin, quand Hugo meurt d'anorexie, il semble avoir atteint auparavant une sorte de nirvana en lisant les livres d'un auteur inconnu.

Si l'on peut préférer les nouvelles les plus courtes, on est séduit par l'imagination de l'auteur. Sa manière de glisser du réel à l'imaginaire sans crier gare, sa façon de plonger directement le lecteur dans une situation inattendue rappellent quelle liberté peut se donner un écrivain. On devine des influences venues de la BD, on constate aussi une manière personnelle de construire un récit insolite. L'auteur a parfaitement conscience de cet enjeu. Il suffit de relever la dernière phrase de son livre : Il faut être bien fou pour vouloir ignorer le pouvoir des histoires. Tout un programme.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 16 novembre 2003)


Le manuscrit de Roland Fuentès Douze mètres cubes de littérature a obtenu le Prix Prométhée de la Nouvelle, ce qui lui a valu sa publication.


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