Dieu, Simon, Suzanne & Cie

Dernière vie d'ange, Florent Kieffer, éditions La Dragonne, 16,50 €.

lecture d'Alain Jean-André

Allons, il n'y a pas que des livres tragiques, ennuyeux, scabreux, mal écrits ; il n'y a pas que des romans pâlichons, provocateurs. Je sais :l'insomniaque à la lampe de chevet, l'aventurier des salles d'attente, la liseuse impénitente doivent chercher les perles dans une montagne de 691 romans cet automne 2003 ; pas facile de trouver, même avec une pelle (peut-on compter sur les bulldozers des médias ?). Pourtant, le talent, le brio, l'humour existe : je l'ai rencontré dans le premier roman de Florent Kieffer.

Il démarre sur les chapeaux de roues, ce roman, et commence par le début, c'est-à-dire Dieu, ou plutôt, le Verbe. « Il n'en menait pas large, le verbe. C'était un verbe lent, un verbe cours, un verbe vide.» Cours, lent, vide, peut-être, mais l'auteur rétablit certaines vérités : « Dieu appela le sec "terre", et il appela l'amas des eaux "mer". Mais les eaux refusèrent de lui obéir : ainsi, en plus de la mer, il y eut les lacs, les flaques, les bouteilles d'eau minérale, les larmes..., les douches chaudes..., les averses impromptues, la cuisson vapeur et les piscines municipales.» On voit que notre auteur file au vif du sujet et ne s'embarrasse point de transitions.

L'histoire, car on nous conte une histoire, c'est celle de Simon et de Suzanne. Ambiance : « Simon connut Suzanne, et Suzanne connut Simon -- bibliquement, s'entend... la chose en soi n'était pas désagréable, et même si elle laissait derrière elle un étrange sentiment de culpabilité, ils s'en accommodèrent. Ou mieux... ils s'en donnèrent à coeur joie. A partir de ce jour, Dieu ferma les yeux et Suzanne prit la pilule.» ; mais on rencontre aussi Pompon Souriceau, Gisèle Briochard, saint Pierre, le commissaire Uranus Chatte ; sans compter les souris, les rapaces, les mouches (des personnages qui sont loin de jouer un rôle mineur).

Avec une écriture primesautière, enjouée, l'auteur entraîne le lecteur dans une série de péripéties aussi surprenantes que facétieuses, pour finir -- brillamment -- sur une scène de théâtre. On est dans un univers qui a pour classiques la Bible, Raymond Queneau, Albator, les Monthy Python, Tintin, et j'en passe : le XXIe siècle sera méli-mélo, ou ne sera pas, a dit quelqu'un.  Florent Kieffer surfe sur ces eaux-là avec une grande habileté ; il séduit par sa manière de se tirer des pires situations, même de la fin d'un roman. Le lecteur qui désire se divertir, sourire, rire, sera aux anges avec cette « Dernière vie d'ange »

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 30 septembre 2003)


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