Sur mes parents

Sur mon père, Tatiana Tolstoï, Editions Allia, 123 pages, 6,10 €.

par Alain Jean-André

Le texte de ce petit livre, rédigé directement en français (et quel français !), est paru initialement en 1928 dans la revue Europe. Il avait un long titre : Sur la mort de mon père et les causes lointaines de son évasion ; il reparaît aujourd'hui avec un titre court : Sur mon père ; et l'on se demande, après avoir lu ces 123 pages, si le titre qui conviendrait le mieux, ne devrait pas faire directement allusion au couple Tolstoï : car, en fait, Tatiana Tolstoï livre un témoignage et une analyse très fine sur la vie de ses parents.

On connaît le dernier épisode de la vie de Tolstoï : à 82 ans, écrivain célèbre qui mène une vie de plus en plus tourmentée, il s'enfuit de son riche domaine et prend le train : on le retrouve dans la gare d'Astapovo, lieu où il mourra le 10 novembre 1910, alors que les siens se sont installés à l'intérieur d'un wagon arrêté sur une voie de garage. On s'interroge encore aujourd'hui sur la « fuite », l'« évasion » de Tolstoï : elle peut sembler étrange à notre époque, mais aussi trouver des échos.

Tatiana Tolstoï, dès le début du livre, signale l'importance du souci moral de son père qui s'est aperçu très tôt « que "la perfection" et le "perfectionnement" sont choses très différentes. » Elle montre comment s'est mis en place dans la famille des Tolstoï ce qu'elle appelle un « drame », et ce « drame » a d'abord touché le couple de l'écrivain ; il a surtout complètement déstabilisé l'épouse, après différents épisodes douloureux, dont la mort d'un enfant – et la vie de l'écrivain devint insupportable.

Témoignage précieux sur des aspects essentiels de la vie de Tolstoï, ce petit livre est aussi le récit pathétique d'une lutte qui dépasse les êtres.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 20 août 2003)