Poète sans illusion

Essais de voix malgré le vent,, Olivier Barbarant, Champ Vallon.

lecture par Isabelle Guigou

Des mots comme un jet d’eau au-dessus duquel l’arc-en-ciel se dessine, des mots en cascade... Rythme comme la force du courant brassant la langue, où se bousculent des images éblouissantes. Rythme rapide puisque le temps presse de dire l’existence et la douleur « Car je sens bien ne rien valoir qu’à l’endroit où je me déchire / Où cela me saigne je suis », ces instants où l’ombre se soulève sur la beauté, sur l’amour. Rythme pour ne laisser nulle place à la mort.

Dans la troisième partie du livre (l’ensemble est organisé en quatre parties), la parole éclate en embruns, en textes brefs, plus proches peut-être de la note («Vent très bleu, soleil et neige, / phrases tatouées au ventre des nuages....»), une voix ramassée comme pour se planter contre le vent, pour ne pas lui laisser prise. Puis le flot à nouveau, les mots dansant dans le souffle de la voix.

Si, comme dans ses précédents recueils, le poète se dévoile à la première personne (« J’existe à livre ouvert ayant pour idéal le ventre bien béant / J’ai fait de mon coeur un déambulatoire »), l’on entend aussi, dans le « je », la voix de la mort, omniprésente, menaçante, qui s’adresse au poète : « puisque tu mets ton paradis dans quelques efforts de salive / Sache qu’aucun essaim de songes n’a su / en plein galop stopper ma course / (...) Quoi que tu fasses je passerai cela viendra / la vie est admirable et vaine / On ne la recoud pas en sculptant des sanglots ».

Un « je » encore, plus surprenant, dans le poème « Essai de voix pour une histoire vraie » où parle l’enfant maltraitée. Dans la deuxième partie, le recueil creuse en effet l’engagement : les blessures du monde s’y réfléchissent ( «l’enfant(..) plein de trous rouges au côté gauche », la disparition d’Allende, ou dans « Cantate à la craie de Compiègne » : « Les chômeurs / puisqu’il y en a / sont bien cachés par / les ruines des remparts / et la vigne vierge / Pour un peu ce serait la Suisse / au nord à peine de Paris...») mais sans illusion cependant sur le pouvoir des mots d’infléchir les évènements : «A nos mains la boussole indiquant chaque fois le naufrage et nul moyen pourtant de rien réorienter ».

Mais si l’on peut douter de l’écriture, si la beauté des images lumineuses ne guérit rien, la voix de l’oranger dans le poème liminaire du livre triomphe du vent : « Si je n’ai brillé qu’un instant / J’ai du moins décoré l’horreur.»

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 8 mars 2004)