Un journal débridé

Lichen, lichen, Antoine Emaz, Editions Rehaut.

lecture par Isabelle Guigou

Des notes, des bribes, éclats de poèmes, réflexions sur l'écriture poétique souvent, organisés en parties (lyrisme critique.... poésie, question ouverte... ). Le poète explore de nombreuses pistes (le style, la voix, le ressassement, la révolte, la technicité de la création, la mélancolie....), brièvement, parfois par touches successives.

Je suivrai d'abord l'approche humble de la poésie que propose Antoine Emaz: « Commencer peut-être par saper la confiance en soi, se vider, réduire la vanité, ne plus savoir ». L'écriture est alors vécue comme un risque : oublier la maîtrise acquise et répondre, sans forme prédéterminée, à l'urgence d'une émotion. La force prime, la parole est une tentative pour l'exprimer, une quête en aveugle. S'il est certain que cette force doit trouver forme, cette dernière est déterminée par l'élan, en découle. C'est, après, un travail de relecture, de «menuiserie lente » pour donner à la vie sa juste enveloppe.

Toujours dans l'humilité, l'auteur souligne le dérisoire du texte poétique, son impuissance à agir, à changer le monde, à le dire à peine mais ce presque rien du poème (de l'être...), on le choisit encore contre le rien, contre le désespoir, contre le flot du temps qui nous emporte car, s'il peut inscrire une durée, le poème repose sur une image, une émotion qui nous arrête, nous extrait : « Du temps à voler dans l'interstice, du temps à prendre pour être avec ne serait-ce que soi. »

A. Emaz réfléchit à plusieurs reprises la forme de la note. Une façon de recommencer sans cesse, de risquer la parole encore et encore, de ne pas perdre dans le long cheminement d'une réflexion, l'élan générateur, une écriture encore possible alors que le poème se dérobe. L'absence d'un choix. Beaucoup de plaisir, à travers ce journal débridé, à suivre les interrogations du poète, à les partager : une multitude de point de rencontre.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 14 avril 2004)