Légèreté d'un monde

Viola Tricolor, Pierre Garnier, Editions En Forêt / Verlag Im Wald,
12 €

lecture d'Alain Jean-André

Quand on lit un poème de Pierre Garnier, on se demande comment des vers si courts, si légers peuvent charrier autant de choses ; car le poète construit tout un monde, un monde en échos avec sa vie, mais qui s'accorde de nombreuses libertés. On y reconnaît un vieil homme, un enfant, une institutrice ; on y relève des allusions historiques à un vingtième siècle qui paraît aussi lointain que le treizième ; on y touche des disparitions essentielles et l'approche de la mort, sans que tous ces événements soient dramatiques.

Avec ce poète, on comprend que les petits ruisseaux peuvent donner une grande rivière. Son écriture sans effet se méfie des métaphores, elle a quelque chose d'intemporel. Elle évoque sur le même ton l'histoire du XXe siècle : « le vieil homme voit le XXe siècle au clair de lune (…) / le siècle au clair de lune / ses crimes / ses beautés, ses bontés / (…)les coquelicots dans la neige au clair de lune » ; les hommes et les femmes d'autrefois : « les papillons étaient des paysannes et des paysans / ils volaient, ils voletaient, ils transportaient le pollen / comme les chars des moissons » ; et sa région : « ce pays où le soleil est la seule grande bête qui vive encore.»

On le voit, la poésie de Pierre Garnier n'est pas un cri de révolte, une dénonciation, une critique du monde. Sa manière d'écrire n'indique pas un renoncement : l'auteur rédige une chronique tranquille de changements profonds sans élever la voix : « Depuis qu'il n'y a plus de papillons / il n'y a plus de légèreté de l'être », écrit-t-il, lui qui semble aussi sensible aux battements d'ailes qu'un vieux taoïste : « Plus tard il atteint ce pays / où il n'y a que l'être / où on ne distingue pas la primevère de l'homme.»

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 8 juin 2004)


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