Beau fiasco à Paris

Satori à Paris, Jack Kerouac, (traduction Jean Autret), Folio-Gallimard, 4,50 euros.

par Georges Len

Satori in Paris, livre d'un écrivain américain à Paris, mais d'un écrivain beat, Jack Kerouac, celui de On the Road. Il débarque dans les rues de la capitale des « mangeurs de grenouilles» à la recherche de traces de ses ancêtres ; car notre homme, il le répète plusieurs fois dans le livre, porte un nom gaulois : Jean-Louis Lebris de Kérouac. Pas moins. Il recherche des traces à la B.N. (l'ancienne !), à la Mazarine ; il file même jusqu'à Brest, par le train, car il a raté l'avion. Récit enlevé, loufoque, de celui qui est difficilement pris au sérieux, tant il pue l'alcool, le cognac surtout.

Le lecteur de la vieille Europe se dira sans doute que cet américain mélange pas mal de choses ; bienveillant, il poursuivra sa lecture, sourira devant les démonstrations des déformations du nom (Kérouac, Kernuak, Kenedjack, Kerrier, Keroual), sera pris de sympathie pour ce type qui s'en donne à coeur joie, improvise des chapitres, vrais solos de jazz, compose des pages pleines de drôlerie. L'écrivain n'impose pas, dans ce bouquin, deux, trois cents pages insipides. Il se laisse aller à partir de rien -- mais n'est-ce pas justement ça, la littérature ? Bien sûr, par moments, on a envie de lui dire : t'exagères Ti Jean, tu fais ton numéro, tu tournes au saltimbanque. Pourtant, on continue de lire ce récit picaresque, cette rencontre (impossible) d'un américain et de Français (même bretons).

Lisez la page sur son passage chez Gallimard, son éditeur français. Des lignes pleines de malice. Il réclame Michel Mohrt, son éditeur, « la fille croit, ou ne croit pas, qu'(il est) l'un des auteurs de la maison », elle lui dit qu'il est allé déjeuner, il tombe alors sur « une demi-douzaine de futurs écrivains... Tous me décrochèrent des regards absolument noirs quand ils entendirent mon nom, comme s'ils se marmonnaient intérieurement : Kerouac, je peux écrire dix fois mieux que ce cinglé de beatnick, et je le prouverai avec ce manuscrit intitulé Silence au Lip...» Bien vu, Ti Jean. Sans en ajouter plus. Le pochard, le guignol (apparent) avait un souffle peu commun.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 3 mars 2004)



Gallimard a sorti en Quarto une partie du cycle de la Légende de Duluoz : Sur la route, le gros livre qui a révélé Jack Kerouac, ainsi que les romans suivants. Visions de Cody  - Les Souterrains - Tristessa - Les Clochards célestes - L'Écrit de l'éternité d'or - Big Sur - Vanité de Duluoz.<:p>










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