Histoires croisées

Garder, d'Anne Luthaud, éditions Verticales.

lecture par Marie-Françoise Godey

Paru en 2002, premier roman d'Anne Luthaud, Garder est écrit à la première personne, des phrases courtes et simples, un langage dépouillé. Un homme s'exprime dans la première et la deuxième partie du livre, intitulées : Le phare, et Pierre ; une femme dans la troisième : Louise.

Peu à peu, au milieu d'histoires que de nombreuses personnes lui ont confiées pour en être délivrées, un peu comme chez un psy, Pierre révèle par bribes, d'abord disparates et désordonnées, sa propre histoire avec Louise. Il y mêle de belles descriptions de la mer et évoque sa vie de gardien dans le phare où il s'est isolé volontairement après le départ de la femme aimée. Arrivé à la moitié du livre, le lecteur croit déceler sa folie, ou du moins sa maladie.

Un marchand de bois importun vient s'installer quelques jours au phare. Ils ne font que se croiser, mais durant les rares moments passés ensemble Pierre lui conte, ou plutôt lui échange ses histoires contre du bois. La dernière histoire de Pierre, l'homme ne donne rien, il part. Parce que c'est son histoire. Mais Pierre ne le sait pas, pas plus que le lecteur. Le marchand de bois manque alors au gardien de phare. Il se renseigne sur lui : il porte son prénom : Pierre. C'est un ancien fou. Pierre le recherche alors jusqu'en Asie, pour qu'il lui conte enfin son histoire avec Alice. Mais arrivé là, Pierre ne se reconnaît plus : « Je n'avais pas reconnu mon visage… Le corps aperçu était distinct du mien. »

Facile à lire, nourri des histoires collectées pour Louise, on lit Garder curieux de vérifier si ce que l'on pressent est juste : Pierre et Pierre ne seraient-ils  pas une seule et même personne ? Au dernier chapitre, Louise, pleine de ressentiments donne sa version des faits. Une dernière partie qui peut désarçonner le lecteur...

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 26 septembre 2004)


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