Une satire douce-amère

L'Amour fantôme, Jean-Michel Olivier, éditions de l'Age d'homme.

lecture de Marie-Françoise Godey

Intimement liée à son garçon, Reine, en mère possessive, l'élève seule, le couve. Pour échapper à cet amour étouffant, oppressant, l'adolescent la fuit et sombre dans celles, non moins excessives, de femmes dont il adopte la façon de vivre et les rêves insensés : Rose, la beatnik révolutionnaire des années 70 ; Mona l'artiste peintre violente, masochiste et morbide, adepte du body art des années 80 ; enfin Neige, joueuse de tennis, fervente de la secte MORS dans les années 90. Mais ces amours se terminent tragiquement. Et chaque fois le fils touche le fond et tombe un cran plus bas. Et chaque fois la mère est là, patiente et amoureuse, dévouée corps et âme, qui le recueille, le soigne, le rééduque et reprend son emprise sur lui. Jusqu'à ce qu'il se révolte et reparte à nouveau.

Mais à travers l'histoire de cette quête inlassable de l'amour parfait, plus rêvé que vécu, bercé des chansons et slogans des idéologies aveuglantes, libertaires et suicidaires dans lesquelles le jeune se laisse embarquer, c'est une satire douce-amère de toute une frange de la société du dernier quart du XXème siècle que dresse l'auteur. Et un constat d'échec aussi. Celui de cette génération de marginaux révoltés, qui échouant à mettre en place un monde meilleur, à ne pas dépendre des parents, de l'argent, des dirigeants, des médias, revient par la force des choses, et pour finir, à la case départ et, comme Colin, se contente de l'amour de la mère, et profite du confort petit bourgeois du cocon qu'elle lui offre, fait de routines, sans envolées, et jalousement gardé, duquel il avait tenté de s'échapper.

Mais que l'on se rassure, le sujet est traité sur le ton de la dérision et de façon plaisante par l'auteur ; aussi le lecteur passe-t-il avec L'Amour fantôme, un agréable moment au cours duquel il se plaît à se remémorer des épisodes que lui, l'un ou l'autre de ses proches, des connaissances ont pu vivre.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 16 novembre 2004)