Poèmes papillons

Chats, dames, étincelles (Katzen, Damen, Funken), Odile Caradec, bilingue français-allemand (traduction Rüdiger Fischer), Editions en Forêt.

lecture d'Alain Jean-André

Combien la poésie est multiple. Combien elle peut même présenter des aspects très différents chez un même auteur. Un règne de la diversité dont on ne se plaindra pas. En lisant ce recueil d'Odile Caradec, on découvre cette fois des textes faits de petites choses, qui allient la simplicité à une certaine fantaisie, ce qui ne va pas sans humour.

Dans ce recueil, pas de discours savants, de leçons d'un ordre ou d'un autre, de lourdeurs rhétoriques. Les poèmes vivent de leur vie propre. Ils font penser au vol d'un papillon. Pourtant le titre ne fait pas allusion à ces insectes graciles, mais à des animaux de plus fortes corpulences : chats, ânes, chevaux, vaches, sans compter le monde intermédiaire des oiseaux. S'agit-il d'une poésie naïve, comme on parle d'art naïf ? Sa légèreté de ton semble orienter vers cette direction.

La deuxième partie du livre introduit le lecteur dans la cuisine. On laisse les animaux de la terre pour des activités plus terre à terre : l'épluchage des pommes de terre, la préparation de petits plats, etc. On y vante même le vin. Cette façon d'évoquer la cuisine, c'est aussi une manière de conjuguer les odeurs, les saveurs et les mots, ce qui donne des petites célébrations dans lesquelles on sent poindre les choses de la vie.

Que l'on ne considère pas qu'Odile Caradec écrit des poèmes au fil de sa plume comme on respire. Dans un texte qui a pour titre L'Ombre du mimosa, elle précise :

Dans mon sac à malices je transporte 
l'hétéroclite et l'essentiel 
quelques outils pour travailler la nuit 
je dis bien travailler, c'est-à-dire fouir la nuit 
creuser le noir jusqu'à l'étoile


Cette poésie qui semble très spontanée ne tombe pas du ciel.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 24 mars 2005)