Drame sous le soleil

Marée noire, Brigitte Giraud, Stock et Livre de poche.

par Alain Jean-André

Ce roman se présente comme un huis clos à l'intérieur d'une maison isolée dans un vignoble. C'est l'été, le temps des vacances, la mer s'étale à quelques kilomètres. On apprend tout de suite que les protagonistes passent leurs premières vacances ensemble. Le père et son fils, Vincent, quatorze ans ; la mère et ses deux filles, Emilie, douze ans, et Dorothée, six ans. Un nouveau couple qui veut « construire une vie nouvelle ». Mais au bout de quelques dizaines de pages, on apprend que cet espoir ne s'est pas réalisé.

Les phrases rapides, condensées du récit rendent tout de suite compte des tensions qui apparaissent entre les personnages. C'est la mère qui conte l'histoire de cet été, en s'adressant à son compagnon. Le lecteur suit ses observations, son malaise au sujet de Vincent, ses attentes souvent déçues. Il est entraîné par une vision lucide qui plonge dans les traumatismes du passé et les limites du présent. « Je savais que plus rien ne serait possible comme avant », note la narratrice.

Par petites touches, le roman progresse jusqu'à l'événement qui donne le titre au roman. Une marée noire survient. Mais la catastrophe n'a pas lieu uniquement dans l'océan ; elle s'insinue de jour en jour dans la maison. Les pages d'un passé douloureux ne sont pas tournées. Le comportement de Vincent, si imprévisible, en symbolise la violence. Pourtant, l'essaim d'abeilles découvert entre la fenêtre et le volet de la salle de bain représente presque une promesse. Le miel contre le mazout.

Le roman construit un fragile équilibre entre ses deux voies. Mais une sourde mélancolie gagne le récit comme la nappe de mazout qui s'étale sur la mer. Dans les dernières pages, la narratrice révèle ce qu'elle a « compris longtemps après ». La fin du livre tisse jusqu'au vertige des liens entre chaque personnage. Le dépouillement de l'écriture, sa tension maintenue jusqu'au dernier mot, font d'une histoire banale une belle réussite. Le livre refermé, on pense : l'énergie créatrice plus forte que la mort.

© Chroniques de la Luxiotte
(28 janvier 2005)