La sentinelle de l'impossible

Chemins de ronde, Jean-Claude Walter, Arfuyen, 13 €.

lecture de Françoise Urban-Menninger

« A force, l'errance devient un métier…» C'est le poète qui parle sur cette lisière invisible où les vivants côtoient les morts, retournant inlassablement sur les traces de l'enfance pour y chercher le secret des origines.

C'est par le mot que le poète entre dans la ronde de la vie. Le mot « Parole » « ouvre la bouche de son O » et voilà que le ton est donné, la petite musique du poème s'égrène. Les mots, pour peu qu'on se laisse prendre au jeu des consonnes et des voyelles, nous entraînent dans leur ronde. Ronde de l'enfance qui nous prend par la main, ronde ou rondeau où la rime joue et se déjoue au fil des mots ; calligraphie où les rondes, les déliés et les croches évoquent les premiers travaux d'écriture ou la dictée musicale sous la lampe.

Pour Jean-Claude Walter, écrire de la poésie, c'est « être en quête d'un chemin ». L'écriture, pour le poète, s'apparente alors à « un périple journalier ». Tour à tour « vigie » ou « aventurier », le poète n'a de cesse d'interroger le mot qui le désigne et le fait exister sur la page blanche. « Mais il y a toujours un mot qui manque – le premier – sans lequel rien ne se peut… ». D'où cette mélancolie parfois douloureuse qui émane du poème en prose et qui se referme sur le silence et le non-dit que le mot appréhende sans pouvoir nommer. 

Car être dans la langue, c'est être dans cette ronde où le poète ne peut être que « la sentinelle de l'impossible ». Cette ronde est un dedans sans dehors, mais que le poète parfois devine lorsqu'il déclare « le temps écrit pour nous », « nous lirons de l'autre côté … ». Pour l'heure, le poète écrit du côté des vivants, dans cette ronde où l'humour, l'amour, l'enchantement ajoutent leur tonalité à la gamme des émotions modulées par l'auteur.

Le collage, délicatement nuancé d'Erwin Heyn, annonce d'emblée ce merveilleux voyage, « cette errance toujours recommencée » qui a nom poésie, cette musique de l'âme qui ne prendra fin qu'avec nous-mêmes.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 13 janvier 2005)