Au coeur du royaume Choa

Voyage en Abyssinie, Un Aventurier au royaume de Choa : 1842-1843, Rochet d'Héricourt, texte établi et annoté par Éric Poix, éditions la Lanterne magique, 17 €.

lecture d'Alain Jean-André

Des voyages en Abyssinie, le lecteur connaît surtout ceux de Rimbaud. En fait, il fut un voyageur tardif dans la corne de l'Afrique : de nombreux européens, des portugais, des anglais, des français, l'avaient précédé. Et, parmi ces aventuriers qui furent aussi des explorateurs, Rochet d'Héricourt, qui se rendit plusieurs fois dans cette région. Ce livre présente son second voyage au royaume de Choa (1842-1843), une relation qui restitue la situation des « voyageurs » de cette époque, contient des indications géographiques, ethnologiques, politiques très intéressantes et révèle un personnage courageux, intelligent, rusé, obstiné et cultivé.

Le voyage commence avec les difficultés du voyageur à trouver un lieu de départ sur le golfe d'Aden. Chaque traversée d'une ville ou d'un territoire s'accompagnait d'un prélèvement sur les marchandises ou d'un paiement en monnaie sonnante et trébuchante. Il fallait trouver des lieux où l'on comptait payer moins et savoir s'opposer aux demandes exagérées. Ce n'était pas le seul obstacle. Les rivalités franco-anglaises dans la région compliquaient la situation (un schéma triangulaire qui est loin d'être du passé). Tout cela se passait avec l'entrée dans le monde des Bédouins d'« un formidable fusil à quatre coups… (ils) en avaient une peur horrible : ils l'appelaient l'afrit, le diable. » La manière humoristique de cet européen de conter les relations avec les hommes de cette région donne tout de suite au récit une saveur unique.

Rochet d'Héricourt traverse des lieux désolés, visiblement d'une grande beauté, en particulier ceux du rif avec un lac salé, puis il passe l'Aouache, rivière qui se jette dans le lac Abbe. Son entrée dans le royaume de Choa fait penser à l'entrée au Paradis. L'auteur indique clairement, pour marquer la différence, que « ce changement de scène tient du merveilleux ». Il rédige des descriptions à la fois précises et d'une valeur littéraire certaine. Le roi l'accueille à Angolola et l'on assiste à la remise de cadeaux organisée par notre homme de manière très habile. Ensuite on assiste à la guerre aux Gallas et à son retour en Egypte après de multiples événements.

Quand le lecteur parvient au terme du livre, il a l'impression d'avoir lu un roman. Cela tient à l'écriture de Rochet d'Héricourt : il raconte les péripéties de son aventure avec un réel talent de conteur, il sait décrire, construire une scène, passer en quelques phrases du dramatique au comique, brosser le portrait d'un personnage rencontré ou esquisser ces relations avec une jeune Bédouine de la caravane. Notre aventurier semble plein d'humanité, il manifeste à certains moments un état d'esprit proche du nôtre. D'un autre côté, il est l'émissaire du roi de France de l'époque, Louis-Philippe, et n'hésite pas à souligner devant la reine du royaume du Choa que son souverain « est le plus puissant du monde…» Un argument de poids, comme on le voit.

Ce récit de voyage, d'une grande richesse, séduira lecteur et lectrice avide d'Histoire, mais aussi celle ou celui qui recherche une passionnante relation de voyage.


© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 29 novembre 2005)



Éditions La Lanterne magique, 38 b rue Narcisse Lanchy, 25000 Besançon