Récits percutants

La viande rouge rend très habile, Benoît Fourchard, La Dragonne, 76 pages, 13,50 €

lecture d'Alain Jean-André

Benoît Fourchard écrit des nouvelles singulières ; il construit des personnages hors du commun ou des situations peu courantes. Pas de réalisme, d'effet de réel, de psychologie : le choc des mots, des êtres, la révolte ou le mystère. Tout se conjugue avec une rare célérité dans des récits qui mêlent habilement la narration d'un conteur à des ambiances saugrenues voire étranges.

Peut-on écrire que ses personnages sont excessifs, mystérieux, improbables ? Ils ont pourtant une vie propre, le lecteur suit ce qui leur arrive ou ce qui se passe, se demandant toujours comment tout cela va finir. Dans Ubu petit, il est intrigué et amusé par le monologue d'un gamin qui veut devenir le maître du monde ; il se questionne au sujet de Donna Nera, la femme mystérieuse de la barge qui reçoit des voyageurs venus parfois de très loin ; il s'intéresse aux déambulations d'une Babette qui se trouve embarquée dans une inquiétante histoire. Dans chacune des huit nouvelles, toujours des personnages inhabituels.

Et l'auteur sait mettre en marche, chaque fois, une mécanique irrémédiable. Son écriture rapide est proche de celle du théâtre ; son style très oral donne vite une présence au personnage. L'atmosphère étrange peut basculer dans le fantastique ou révéler des problèmes d'aujourd'hui. Ceux qui apprécient le théâtre seront sensibles aux monologues et dialogues vifs, sans graisse ; ceux qui préfèrent les récits suivront la construction d'une atmosphère mystérieuse ou effrayante. Dans un cas comme dans l'autre, le lecteur sera séduit par ces petits récits percutants.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 8 novembre 2005)