Vies éclatées, vies furtives

Anything for John, Christophe Fourvel, La Dragonne, 70 pages, 12 €

lecture d'Alain Jean-André

Christophe Fourvel commence par la description d'une photographie ; elle le conduit sur les traces d'un cinéaste, John Cassavettes, et l'amène à formuler cette remarque : « …ce qu'il faut souhaiter à toute œuvre : le chiné ; la manière dont on la maille avec sa propre histoire. » Son livre conte la réception attentive de plusieurs films de John Cassavettes, également d'autres auteurs ; il rassemble une série d' « exercices d'admiration » qui partent de l'observation des œuvres, mais semblent vouloir révéler la fragilité extrême de l'humain.

Dans ces pages, on arrive quelque part et nulle part. Quelque part, c'est la phrase de John qui précise : « Ça été difficile mais je me suis bien marré.» Il ne parle pas du film qu'il vient de terminer, mais de sa vie. Un coup de projecteur sur le tragique, comme ailleurs sur la beauté : « Nous trouvons les gens toujours plus beaux lorsque nous les aimons.» ; ou encore : « Il ne faut pas chercher à convaincre quiconque de la beauté d'un lieu. Les paysages sont toujours très intimes.» On frôle la banalité, mais, dans cette écriture, des mots anciens retrouvent un éclat nouveau.

Pour Christophe Fourvel, le cinéma représente une sorte de double de la vie, à moins que ce ne soit le contraire : « La vie, comme le cinéma, dans laquelle nous n'entrons pas et qui nous est essentielle.» La relative souligne le paradoxe. Les remarques sur Strindberg éclairent au sujet de la quête de l'auteur : « Ce sont des vies éclatées comme du verre. J'y cherche l'élégance du drame.» Le paradoxe conduit plus loin. En quelques paragraphes, quelques citations – comme l'extrait d'une lettre de Gabrielle Russier qui termine le livre –, il met sous les yeux une réalité des limites.

Et puis, la musique légère de la phrase laisse beaucoup entendre avec peu de mots. Cette musique conduit à quelques formules, à des citations plus engagée, comme celle-ci, de Strindberg : « Qu'est-ce que la religion ? – Un besoin apparu à un stade de l'évolution inférieur dont la classe supérieure s'est servie pour tenir la classe inférieure sous sa domination.» Il faut aussi signaler l'humour. Reste une tonalité qui s'accorde assez bien à cette remarque, notée au détour d'une page : « Nous sommes nombreux à exister furtivement ; pendant quelques minutes.»

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 15 octobre 2005)



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