L'autre vie d'Henri Calet

Montevideo, Henri Calet et moi, Christophe Fourvel, La Dragonne, 80 pages, 15 €

lecture d'Alain Jean-André

Avant qu'Henri Calet écrive des livres, il a été un autre homme, il portait un autre nom ; il a pratiqué une profession, est parti à Montevideo, pour échapper à la police. Intrigué par ce qu'il a appris un jour à la radio, Christophe Fourvel est parti sur ses traces jusque dans la capitale de l'Uruguay. Il a cherché des pistes en lisant Un Grand voyage, le livre dans lequel l'auteur de La Belle lurette a raconté sous une forme romancée son séjour dans l'autre hémisphère.

Le livre de Christophe Fourvel ne se présente pas comme une enquête, même s'il mentionne des rencontres avec des protagonistes du livre de Calet, même s'il manie des documents et revisite des lieux de cette ville fatiguée. Il formule plutôt quelques questions, soulève quelques voiles, et ce qui apparaît c'est une époque passée, la vie fragile d'un homme, aussi l'écart entre la réalité et l'écriture. Les propos d'un peintre rencontré par l'auteur en disent peut-être un peu plus : « Il dit qu'il ne croit pas que l'art existe. N'existe qu'une quête incessante de l'homme pour comprendre le monde. »

Avec une grande économie de mots, sans effets, Christophe Fourvel rend compte d'un double, d'un triple voyage : parfois l'image du miroir s'impose, comme quand le vieux peintre évoque un ami de Pombo, le grand ami uruguayen de Calet : « Un homme qui était " muy muy amigo con Pombo ". D'autres encore. Des Calet obscurs. Des sous-Calet. » Dans ce récit, les images partielles, à peine tracées des êtres conservent leur part d'indétermination, leur dimension aérienne. L'écriture n'impose pas.

La dernière page du récit, dans sa sobriété, qui conte les dernières réflexions, l'hôtel que l'on quitte, le voyage du retour devant soi, sonne en écho du livre précédent. On y notera cette phrase qui donne toute ses chances au voyageur et à l'écrivain (ou à l'artiste) : « Les villes que l'on croise et que l'on aime n'existent que pour nous. Alors il nous incombe de tout éteindre en partant… » Une méthode élégante, pour que subsiste, avec cet effacement, le charme discret de ceux qui passent sans bruit.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 12 juin 2006)



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