Le monde des bibliothèques

Bibliothèques, sous la direction de Bertrand Dorny, éditions Virgile, 44 p., 15 euros.

lecture d'Alain Jean-André

Questionner au sujet du mot bibliothèque, c’est recueillir des réponses multiples, qui peuvent s’opposer (la polysémie du terme ouvre de larges horizons) ; c’est aussi faire le constat de similitudes qui n’étonnent pas trop le lecteur, mais peuvent le séduire : lisant ceux qui partagent « l’amour des mots », il constate des variations plutôt que des différences. Le présent ouvrage, réalisé sous la direction de Bertrand Dorny (qui a conçu des collages), s’accorde à cet exercice : il réunit les réponses de personnalités pour lesquelles le mot bibliothèque n’est pas un mot commun, même s’il correspond à des pratiques quotidiennes.

L’architecte Paul Chemetov évoque les grandes bibliothèques, « et la bibliothèque infinie de Borgès ». George Fletcher, directeur de la New York Public Library, précise : « Ma bibliothèque vit avec moi, de différentes manières, tant dans ma tête que dans mes mains. » Michel Butor se promène « tel un rat… en reniflant les reliures ». Michel Deguy, lui, n’a « pas de livres rares ni précieux ; des livres, et des livres… on les croyait moyens ; ce sont les fins, le but du voyage au bout du jour. » Un voyage qui peut être un rêve. Pour Gilbert Lascault, sa « bibliothèque serait un tapis volant… Je rêverais. Je voyagerais sans bouger. » Bernard Noël et Yves Peyré suivent d’autres rêveries. Zéno Bianu insiste sur « la providence du livre ». Bernard Gheerbrant, libraire de La Hune, souligne « la sublime ambiguïté du livre ».

Chaque participant nous fait entrer dans une image du mot. Il raconte un souvenir, esquisse une rêverie, apporte une citation, dessine une réflexion. Chacun dit sa passion ; et on lit les souvenirs d’enfance, les rêves singuliers, les fantasmes amusants de grands héritiers du livre. Je retiens aussi des textes deux acceptions qui semblent dominantes, sans être exclusives : d’abord le lieu (architecture), ensuite l’ensemble des livres (souvent personnel) ; autrement dit, l’assemblage des pierres et celui des biblions, l’architecture réelle et l’architecture virtuelle – qui montre l’étroit lien, pour chacun, de la ville, des livres, et de la vie.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 28 juin 2008)


L'éditeur a réalisé un tirage de tête du livre avec un collage original de Bertrand Dorny.


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