Le monde de l'enfance

La draperie des jours, Françoise Urban-Menninger, éditions Editinter, 48 pages, 10 euros.

lecture de Jean-Claude Walter

Cette fois, c’est toute l’enfance qui apparaît en une quarantaine de poèmes recueillis ici par la poétesse du Temps immobile, en ce cortège d’ombres familières : parents, grands-parents, enfants, invités, à travers réunions de famille, souvenirs et gestes, lieux et attitudes.

Françoise Urban-Menninger est fidèle à son univers-celui d’une certaine vie quotidienne, dans le regard de l’enfant, comme à son verbe. Elle s’interroge, et nous avec elle : comment pouvons-nous atteindre, en un jardin engourdi, autour d’une table en fête, ou bien au cœur d’une roseraie, ce lieu « où les paupières de l’ombre / verrouillent leurs secrets » ?

D’une page à l’autre, nous retrouvons ces fragments d’âme (pour reprendre l’un de ses titres) : une émotion oubliée, un rire perlé, un parfum ou une couleur, et déjà « les mots lèvent les rimes », et le poème déroule sa fine draperie… Autant de réminiscences, autant de contes ou légendes qui nous viennent de l’enfance en un lieu privilégié - maison rustique, grange au parfum d’osier, cuisine de la grand-mère - endroits qui gardent leur mystère en une sorte de cantilène hors du temps, puits d’ombre ou fêlures cristallines :

où le loup affamé court toujours
après le petit chaperon rouge
égaré dans la forêt de ma mémoire

Bachelard nous rappelle judicieusement, citant Fargue en particulier, combien les impressions et sensations de l’enfance s’impriment en nous avec force, donc durablement, les odeurs en premier : ici celles de la pomme, du lilas et du sureau, ou bien de la poire, « chair de mémoire ».

Ainsi l’auteur de L'âme éclose nous invite, par ce rythme scandé et ces rimes virevoltantes, à rappeler nos propres souvenirs lointains-rêveries, mirages, réalités obsédantes et ténues comme le fil de l’araignée. Tel ce quatrain, dans le bleu du jour, qui nous dévoile en ses images sereines un horizon de confiance, de douceur et de clarté :

le ciel aux ailes d’aronde
accorde ses violons de lumière
pour déposer dans le bleu du jour
sa petite musique du silence



© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 10 juin 2008)