Rejoindre l'autre

Si seulement, Françoise Ascal, éditions Calligrammes.

lecture par Isabelle Guigou

Comme voilées, peinant à imposer leurs traits. Ou se dérobant. Telles sont les « têtes en méditations » d'Alexandre Hollan. Empêchées, retenues. On les devine plus qu'on ne les voit. On les cherche. Le regard les effleure, sans les saisir.

A distance.

De ses mots, Françoise Ascal les approche.

Son poème liminaire évoque à la fois les dessins et son écriture : « concasser le trop / pulvériser l'excès // apparaître / à force de retrait ».

Dans des vers ramassés, très épurés, Françoise Ascal évoque la difficulté de ces visages à émerger vers la lumière. En lisant, en regardant ce livre superbe, les questions qui nous taraudent résonnent comme un cri : Que pouvons-nous connaître de l'autre ? Que pouvons livrer de nous-même ? Se peut-il que nous soyons inexorablement seuls ? « sous le masque / un autre masque ».

Comme si nous restions toujours sous le voile, derrière les tissus de la matrice originelle, comme si nous ne pouvions jamais venir au monde, comme si nous restions toujours en-deça. Saurons-nous jamais « qui veille ici ? », sous ces traits ? Sortirons-nous jamais de cette obscurité solitaire, délivrerons-nous ce qui en nous palpite, gronde ?

« dans la cage d'os / tourne / une meule inapaisée // si seulement / nous pouvions / craquer une allumette / à l'intérieur de nos crânes ».

Savoir l'autre, le rejoindre. Fançoise Ascal y parvient, à travers les mots. De poème en poème, de lueur en lueur, vers ces visages, en ces visages. Pour une vraie rencontre, une étreinte de l'humain.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 11 août 2005)