Au fil des jours

Simples choses, Roland Tixier, Le Pont du Change, 76 p., 13 €.

par Alain Jean-André

Combien, en poésie, les formes fixes reprises par l’écriture contemporaine suscitent ma réserve, surtout quand il s’agit de « haïkus ». Une mode qui a gagné l’Occident et produit des textes le plus souvent très éloignés de la fraîcheur originelle, toute imprégnée de bouddhisme zen. (Il y a loin du chiasme à l’illumination, de nos lourdeurs aux fulgurances du satori). Et combien le titre bref, Simples choses, tiré d’une citation d’Aragon (« Que sais-tu des plus simples choses… »), redouble ma méfiance. Je n’y retrouve pas la légèreté de la phrase du poète de la résistance…

Mais la lecture des premières pages du recueil dissipe vite mes réserves. On découvre des notules urbaines, des instantanés courts, parfois vifs. On suit le regard d’un solitaire, d’un piéton de Lyon. À première vue, Roland Tixier écrit une poésie de la vie quotidienne, au ras du bitume : on voyage dans le métro (beaucoup), on traverse des gares, des supermarchés ou des superettes, on croise des clochards. Pourtant l’auteur va au-delà des notules grises : « avant j’allais au Japon / maintenant il me suffit / de changer de rue » ; le naturalisme des poèmes brefs conduit à d’autres constats : « la nuit déjà là / est-ce bien moi sur ce cours / impression d’un film » ; ou encore : « retour du marché / quelques mots en l’air / il fait un temps incroyable »

Dans ce recueil, on retrouve la petite musique de Roland Tixier, auteur de plus de vingt publications. On entend une voix qui accueille ce que lui donnent les jours, sans hausser le ton. Sa modestie est une ascèse. Son retrait, une marque de respect. L’éclat des notules les plus réussies atteint l’ambition du haïku : lier en peu de mots l’éternité du regard et la fragilité du monde. Dans une société dominée par le simulacre et le « moi je », Roland Tixier écrit des poèmes qui livrent quelques faces du réel et réactivent la perception de notre quotidien.


Ce livre est publié par une nouvelle maison d’édition Le Pont du Change, qui se propose de publier de la littérature contemporaire (romans, récits, poèmes, nouvelles chroniques…) et de rééditer des œuvres du domaine public. (En savoir plus)


© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 10 novembre 2009)