Dossier : le livre numérique

Mais au fait, qu'est-ce qu'un livre ?

par Edhaym

11 janvier 2010

On peut se poser la question : qu'est-ce qu'un livre ? Est-ce que c'est un livre en papier ou autre chose ? En fait, il n'y a pas de livre numérique, ni de livre papier, la matérialité du livre n'est pas un critère. Le livre pourrait aussi bien être gravé sur de la pierre. Vu sous cet angle, le livre c'est ce qui est écrit, pas le support du texte. On pourrait dire que sa « matérialité », c'est la suite de phrases et de mots qui produisent du sens. Je dis cela en pensant à ce qu'on nomme sur Internet le « virtuel », la soi-disant immatérialité de ce qu'on y trouve.

Un livre virtuel est un livre auquel un auteur pense, mais qu'ill n'a pas encore écrit. Si un livre écrit est sur la Toile, il n'est plus virtuel. Il existe bel et bien. De même, dans les jeux sur Internet, on n'a pas affaire à des univers virtuels, on joue sur un univers qui existe, mais pas de manière tangible. Alors, apparaît la question suivante : ce qu'on appelle aujourd?hui le « virtuel » n'est-il pas bien réel ? Je pense à la monnaie virtuelle dans un jeu, elle peut être achetée par de la monnaie réelle. On constate que ce qu'on nomme virtuel avec le numérique, le Net, n'a rien de virtuel, au sens strict du mot. En fait, ce qu'on nomme virtuel n'est pas virtuel au sens d'en dehors de la réalité. On a plutôt affaire à une autre couche de la réalité, qui s'est matérialisée avec l'aspect réseau Internet, les écrans, etc.

Pour revenir au livre : on pourrait très bien imaginer des livres (qu'on touche, qui ont un odeur) dont la taille, la forme changeraient à volonté en pressant sur un bouton. On aurait un gros livre, ou un livre de poche. En fait, le livre papier le fait déjà. On peut avoir une version grand format ou de poche. Le livre est un outil de lecture, comme un écran, ni plus ni moins. On y est déjà depuis longtemps. Pas depuis quelques années, mais depuis des siècles. En fait, on se fait piéger par l'apparence. Le livre imprimé est une forme d'écran. On peut même dire qu'avec les livres imprimés, et même avant, les réseaux sans le numérique existaient déjà. Le livre papier n'était que la forme employée pour accéder au livre...De même, l'écran est un autre moyen d'accéder au livre. Chaque fois on a une forme de projection. L'écran comme le livre papier ne sont que des interfaces entre le lecteur et l'« objet-livre ». La vraie définition du mot livre ne doit pas être liée à un support, le livre c'est autre chose. Sa matérialité c'est la suite de mots, de phrases ; on pourrait aussi dire que c'est immatériel, peu importe, en fait l'« objet-livre » est bien réel.

Quand le livre est écrit par son auteur, l'« objet-livre » peut être imprimé, gravé sur un bloc de pierre, proposé sous forme de fichier numérique, voire mémorisé ( cf. Farhenheit 451, de Braderry). D'ailleurs, on peut se demander si ce genre de réflexions ne pourrait pas aussi s'appliquer à l'époque de l'apparition du livre papier, avec l'invention de l'imprimerie, à l'époque de Gutemberg, puis à chaque étape de mise au point de nouvelles techniques d'imprimerie. De manière beaucoup plus large, on peut se demander si le numérique n'entraîne pas une mutation de nos perceptions et même, peut-être, de nos processus cognitifs.

Edhaym, informaticien (la charte graphique du site, c'est lui)
(propos recueilis par A.J.A)

Chroniques de la luxiotte











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