Parcours d'un enfant du siècle


Chemins d’encre, Michel Baglin, Rhubarbe, 202 pages, 13 €.

par Alain Jean-André

On l’avait déjà  constaté avec de brefs livres publiés chez le même éditeur, comme Les pas contés, carnets de Cerdagne : Michel Baglin établit vite des liens entre sa vie et l'écriture, la marche et la venue des mots. Cette fois, dans un volume de plus de 200 pages, qui mêle publications antérieures et autres textes, il a monté, avec des récits, des réflexions, des pages de carnets, un livre de mémoires littéraires qui lui permet de revenir sur un parcours.

Dès son enfance, la lecture joue un rôle central dans sa vie. Le Vieil homme et la Mer d'Hemingway, mais aussi le Journal de Mickey, Tintin, Spirou et autres Pieds Nickelés lui apportent autre chose. Il passe ensuite à la grande littérature, découverte dans une bibliothèque (Balzac, Malraux, Zola, puis Vaillant, Camus – un parcours qui n'a rien d'original, mais révélateur). Il écoute aussi la chanson française de son temps, Brassens, Ferré qui donne voix dans ses chansons aux vers des poètes, et il passe à la poésie qui joue un rôle fondamental pour lui.

Mais le lecteur qu'il est depuis son plus jeune âge est tourmenté par le diable (ou le génie) de l'écriture. Une période difficile ouvre une « voie d'eau dans les sources de l'enfance » (vers 10 ans), qui le conduit sur « une voie d'encre ». Période de solitude, de lectures, d'initiation pendant laquelle « les livres sont devenus (ses) alliés. » Plus tard, la révolte de l'adolescence l'oppose au conformisme social, l'entraîne dans d'interminables discussions, le fait partager des utopies de cette époque. Au fils des pages, on suit le parcours d'un enfant des « Trente Glorieuses », d'un homme qui fut « un philosophe indécrottable avant de devenir un amoureux des mots ». Quand on a côtoyé, comme ce fut mon cas, des parcours assez proches, on retrouve des situations, des évocations, des senteurs qui font revivre non seulement l'effervescence de la jeunesse, mais les parfums d'une époque bien précise. Ensuite, la vie et l'écriture de Michel Baglin s'assagissent. Il indique être parvenu à « écrire non plus contre, ni pour, mais avec. Avec le doute. Avec la compassion, avec des sentiments simples et des mots quotidiens. »

Dans ce livre, qui constitue une sorte de manifeste sauvage, de déclaration d'amour aux mots, on voit se dessiner un autoportrait et appararaître l'état d'esprit de nombreux hommes de sa génération. Avec une écriture généreuse, précise, un désir de transparence qui désarme la critique, le lecteur a peut-être sous les yeux les Confessions d'un Jean-Jacques de la deuxième moitié du XXe siècle.

© Chroniques de la Luxiotte
(3 janvier 2010)