Apprivoiser l'angoisse

Le journal d’un haricot, Olivier Hobé, Apogée, 54 pages, 12 €.

par Alain Jean-André

Comment apprivoiser, tenir à distance l’inquiétude, l’angoisse, le pire qu’un père peut vivre ? Le journal d’un haricot d’Olivier Hobé utilise les mots, la narration poétique, le tissu d’une écriture où rien ne dépasse. Ou presque. Il dit beaucoup en creux, dès la première phrase : « Départ au bloc pour la première biopsie de Q. », jusqu’à la presque dernière : « Je respire du Quentin, sa maladie me bouffe, m’envahit ». Le nom médical du « haricot » n’est jamais cité, mais toujours présent. Son fils a 16 ans.

Le récit restitue la tension entre le drame vécu par le fils, ses séjours à l’hôpital, ses transformations, et la vie du père qui continue, qui essaie de continuer, tant l’angoisse est grande. Les visites, brièvement évoquées, atteignent le paroxysme. « Sa douleur passe dans la mienne : il me faut vite l’apprivoiser avant de la lui rendre moins sauvage, comme apaisée, pur jus de fruit pressé entre mes mains. » Ou encore : « ˝ Tu m’enlèves les cheveux ˝, me disait Q. l’autre jour, alors que je lui caressais la tête. »

Ce drame, qui peut être de tous lieux, se déroule en Bretagne. L’auteur utilise une toponymie insistante, cite nombre d’auteurs bretons, emploie même quelques mots bretons. Au fil des pages se dessine une géographie régionale et mentale. Les livres jouent un grand rôle dans la vie de l’auteur. Mais, pendant cette période difficile, il se retrouve souvent dans un pub ou un café, seul, à regarder les autres autour de lui, à entendre les blagues lancés par des habitués. Alors il cite Sagan : « Un peu de soleil dans l’eau froide. »

Dans ce journal poétique, Olivier Hobé a trouvé un ton juste, loin de tout pathos. Ce livre court, qui va du « blues vendéen » à des scènes émouvantes, atteint, à certaines pages, une grande intensité. Il rend visible la fragilité et l’impuissance de notre condition. Avec des mots simples, des situations banales, sa vie envahie par une menace oppressante, il dévoile notre part tragique, souvent niée par la vie contemporaine.

© Chroniques de la Luxiotte
(5 décembre 2011)