Disparition d'un (grand) passeur

par Alain Jean-André

Rüdiger Fischer, traducteur et éditeur de poésie, est décédé le 4 juin 2013 des suites d’une longue maladie. Il avait 70 ans. Né à Trèves, il vivait dans un hameau de Bavière. En 1991, il a lancé les Editions En Forêt/Verlag Im Wald ; elles ont publié leur dernier livre l'été 2012, le recueil Un poète pour demain de Gérard Bayo.

Rüdiger Fischer
Rüdiger Fischer (Photo Laurent Grisel) 

L’essentiel de ce qu'il a traduit a permis la publication bilingue, en français et en allemand, d'auteurs francophones (Gérard Bayo, Pierre-Bérenger Biscaye, Odile Caradec, Pierre Garnier, Laurent Grisel, Yves Namur, René Welter, et de beaucoup d'autres). Des poètes de langue allemande ont été publiés dans des revues de langue française grâce à ses traductions en français. Il tenait dans la revue Décharge une chronique qui avait pour titre « Promenade en forêt ». Pourtant, malgré cette boulimie qui l'amenait à traduire dans les deux sens, il se considérait comme un « traducteur-amateur (sic) ».

Les Editions En Forêt/Verlag Im Wald ont publiés 120 livres : 12 anthologies poétiques et 68 titres d'auteurs français, 11 recueils d’auteurs belges, auxquels s'ajoutent 6 de l'italien, 2 du grec, 4 luxembourgeois, 4 de l'américain, 4 de l'israélien, 2 du colombien, 2 du tchèque, 1 du polonais, 1 du roumain, 1 du letton, 1 du slovène et un auteur allemand. Les anthologies comprennent : cinq volumes d'auteurs français, deux d'auteurs belges francophones, une anthologie de poèmes sur 25 portraits d'enfants de Yannick Lecoq, des anthologies québécoise, allemande, bretonne, et une anthologie de poèmes d'enfants de 14 pays européens. Trois titres non-poétiques sont aussi parus.

Rüdiger Fischer n’a cessé de répéter qu’il traduisait les poèmes qui lui plaisaient. En 2003, il a précisé dans un entretien sur ses éditions à la Luxiotte :

« J'espère ne pas avoir un goût trop étroit, mais j'aimerais quand même qu'on reconnaisse ce que les textes ont en commun : une certaine « lisibilité » (il ne faut pas être professionnel pour les lire), une voix, une musique individuelle (il s'agit de textes lyriques, même en l'absence de rimes), un « contenu » qui parle de choses que je connaisse, qui me tiennent à coeur (exclus, donc, les poèmes qui ne font que tourner autour de la langue, de l'écriture, qui ne sont pas pleins à craquer du monde où je vis)... »

En janvier 2013, dans la revue allemande lyrikwelt.de, il répète clairement ce qu'il cherche et préfère :

« Je ne me promène pas sur les crêtes, je suis d’agréables sentiers le long des versants, assez proche des maisons de la vallée. Autrement dit, la poésie que j'aime n’est pas forcément avantgardiste, intellectuelle, moderne, difficile, hermétique. Elle peut l’être de temps en temps ; mais ce qui compte c’est qu’elle soit intense, directe, urgente, poignante, et, pour un lecteur amateur comme moi, ne pas nécessiter une lecture de professionnel à temps plein ou d’avoir fait auparavant de longues études littéraires. »

© Chroniques de la Luxiotte
(13 juin 2013)



Lire également sur la Luxiotte :
   L'entretien avec Rüdiger Fischer réalisé en 2003.
   L'anachronique d'Alain Jean-André : Rüdiger Fischer (1943-2013)

et sur d'autres sites :
   En mémoire de Rüdiger Fischer de Laurent Grisel (Remue.net).
   I.D. Claude Vercey (Décharge).
   Cécile Guivarch (Terre à ciel).