Un nouvel éditeur, Le Citron Gare

La Partie riante des affreux, Patrice Maltaverne, Fabrice Marzuolo, 82 p.; Poésies incomplètes, Régis Belloeil, 72 p., 12 euros chacun, éditions Le Citron Gare

par Alain Jean-André

La crise annoncée, encore plus drastique en 2013, ne décourage pas tout le monde. En poésie, Patrice Maltaverne passe aux actes. Insatisfait par l'édition poétique telle qu'il la voit, il lance les éditions Le Citron Gare, ex-Citron noir. Pour l'instant deux petits livres. Mais il indique avoir dans sa manche d'autres auteurs et manifeste le désir d'aller au-delà.

Le premier recueil, La Partie riante des affreux, comporte un titre qui ressemble à celui d'un polar dans la tradition du Boris Vian de J'irai cracher sur vos tombes. Il rassemble des poèmes de Patrice Maltaverne et Fabrice Marzuolo, qui indique en exergue : « Joindre des poèmes, voilà bien le seul accouplement qui mériterait d'échapper à la stérilité généralisée. » Il faut dire que le recueil est à rebrousse-poil de tout désir de progéniture. Position anticonformiste ? Profession de foi gnostique ? Désir de lancer un pavé dans la mare ? Sans doute tous ces aspects. Des vers à l'emporte-pièce de Fabrice Marzuolo aux constats désabusés de Patrice Maltaverne, le même parti pris de la langue courante qu'on démonte, ce qui conduit à des textes désublimés, parfois comiques, qui réarment la langue (poétique). Le tout, avec des illustrations du même tonneau d'Henri Cahau.

Le second recueil, Poésies incomplètes de Régis Belloeil, accompagnées d'illustrations de Mathilde Lartige, joue avec les clichés, comme des photomatons « de ce nouvel âge de glace » (le nôtre). Il y est beaucoup question de rencontre d'un homme et d'une femme, de quête de l'âme sœur, mais on sent que les choses se sont encore dégradées depuis Mallarmé. Surtout dans la société dans laquelle nous vivons.

« ...si l'existence d'un homme / Se réduit à sa situation sociale // Qui suis-je ? // L'écrou mal serré / L'emboîtement mal ajusté / Les grandes orgues de la vanité / Trépied de la volupté / Adepte du système D / D comme décédé / Dead On Arrival / Mort à l'arrivée. [...] A quel ministère adresser / ma demande en trois exemplaires / D'un semblant de vie meilleure ? »

Dans ce recueil aussi, une poésie du mal être, un désenchantement sauvé par l'humour.

Un point commun aux deux recueils ? Une révolte contre des idées dominantes, une sorte de poésie punk qui tape à coup de marteau sur les marbres poétiques. Ce parti pris tranche, en effet, avec pas mal de conventions. A d'autres livres d'écarter la brèche.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 22 janvier 2013)