Le shérif de Potts

Pottsville, 1280 habitants (Pop. 1280), de Jim Thompson, traduit de l'anglais (américain) par Jean-Paul Gratias, Rivages, 270 p., 8 euros.

par Georges Len

Pottsville, 1280 habitants de Jim Thompson était paru en France dans une version tronquée titrée 1275 âmes. Cette fois, voici la version intégrale d'un roman qui balade pas mal le lecteur. Nick Corey, le narrateur, est shérif en chef du canton de Potts, un trou perdu du sud des Etats-Unis. Les premiers chapitres sont racontés avec un comique de farce plutôt qu'avec le ton d'un roman noir. Marcel Duhamel, le premier traducteur, indiquait que cette histoire était une bouffonnerie. C'est sans doute vrai. Mais, après avoir goûté le comique (plutôt grinçant) de la situation de départ, le lecteur voit émerger un personnage plus roublard qu'il n'en a l'air. Et les scènes de la fin du livre ouvre une autre perspective.

Dès les premières pages, on découvre un type charrié par sa femme, ses congénères, et des habitants de la petite ville, qui lui font avaler pas mal de couleuvres. Shérif chargé de faire respecter la loi, Nick Corey essaie de ne pas intervenir dans les affaires des habitants, surtout s'ils sont importants. Ce qui compte pour lui, c'est de toucher sa paye et de se faire réélire à la prochaine élection. S'il ne crache pas sur la bouteille et les pots de vin, il ne partage pas complètement le racisme de ses concitoyens au sujet des noirs. Enfin, ses aventures féminines, qui appartiennent aux lois du genre, le mettent dans de foutus guêpiers.

Séducteur maltraité, considéré comme imbécile, inoffensif, paresseux, lâche (on pourrait allonger la liste), Nick Corey se révèle une nuit un tout autre couteau : il descend froidement deux souteneurs qui l'avaient humilié. Son côté Mister Hide se révèle, alors qu'il conserve dans la vie courante son air conciliant et bonhomme. La mécanique est enclenchée. Elle se complexifie quand il se retrouve dans le lit d'Amy, son ex-fiancée, et face à George Barnes, un privé qui enquête sur le meurtre d'un des souteneurs.

En définitive, Pottsville, 1280 habitants est un roman noir qui fonctionne à la perfection, comme une machine bien huilée.

Georges Len © la Luxiotte, 9 mai 2016.



Ce roman a été adapté au cinéma par Bertrand Tavernier, sous le titre Coup de torchon, avec Philippe Noiret et Isabelle Huppert. Une adaptation réussie.