Confessions d'un rêveur solitaire
(suite)

Manoir des mélancolies, de Jean-Paul Klée, Andersen éditions, 114 pages, 11 euros.

par Alain Jean-André

Régulièrement, J.-P. Klée envoie des nouvelles de la ville d'où il vit, Strasbourg (lui écrit Strabouri). Une année c'est un livre de poèmes, une autre un livre en prose – et chaque fois le lecteur retrouve une petite musique qu'il connaît bien, une écriture en tous points remarquable : elle se donne des libertés qui bousculent le conformisme contemporain, y compris celui des poètes.

Cette année, avec Manoir des mélancolies, J.-P. Klée publie des chroniques de sa vie au coeur de la métropole alsacienne dominée par la flèche de la cathédrale. Textes des heures creuses, narrations de rencontres, bilans d'une vie, rêveries exquises, J.-P. Klée évoquent en touches légères sa vie et son activité dominante : écrire, encore écrire, toujours écrire.

Au fil des pages on croise une ancienne clerc de notaire qui a le cœur sur la main, un copain forestier amateur de femmes et de chevaux, deux vétérans de la guerre d'Algérie, une pâtissière qui roucoule face aux jeux de mots du poète ; on voit passer des images de l'auteur qui écrit dans un café ou un autre, évoque des moments de sa vie quotidienne :

« J'ai ouvert les chambres du haut le soleil s'est promené parmi les papiers encor éparpillés ça fée sur les murs des rondelles d'or endormies comme l'oeil du Bon Dieu & je suis là occupé à ravager quelques kartons qui m'encombraient. »

et rappelle une de ses craintes permanentes :

« Les oiseaux ont picoré le pain de Noël avec vivacité la pie noire & blanc a sifflé le camembert on se dit rien n'est jamais perdu sauf le chagrin verrouillant les cœurs : bientôt la guerre. »

mais aussi des moments d'émerveillement simples :

« On aura une belle journée (…) RIEN de MAL n'ARRIVERAIT aujourd'hui !-- L'estomac conforté on est calé, là, sur l'autoroute mac-adam (les bas-côtés coquelicots j'ai pensé à Monet)... Tout n'est-il pas finesse légèreté ciel pâli Là-bas on voit encor quelques paysans venus d'Anachronie avec leurs outils mécanisés vont-ils transformer le plat pays ça prendrait neuf cents années »

Ainsi vont ces pages d'un journal commencé depuis bien longtemps, pour le plaisir du lecteur.

© Chroniques de la Luxiotte
(4 oct. 2014)



Un poème lu par l'auteur (filmé par Kamel Rachedi) :



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