Les tribulations d'Octave Carezza

Le Best-seller de la rentrée littéraire, Olivier Larizza, Andersen éditions, 228 pages, 17 euros.

par Alain Jean-André

Que serait l'industrie du livre sans la rentrée littéraire ? Existe-elle depuis longtemps ? Qui en est à l'origine ? Qu'est-ce qui trouble le monde de l'édition aujourd'hui ? Autant de questions, et beaucoup d'autres, sont reprises dans le livre d'Olivier Larizza, Le Best-seller de la rentrée littéraire. Qu'on ne se méprenne pas. On n'est pas en train de lire un essai documenté, mais un roman. Un livre vif, enlevé, réjouissant, où se succèdent des saynètes hilarantes et grinçantes.

Octave Carezza, écrivain « qui rêve d'écrire un best-seller et de trouver l'amour  », se rend dans une agence un peu particulière, qui met des auteurs en mal de lecteurs en contact avec des lectrices. La rencontre entre l'auteur et Déborah, la « belle femme mûre d'une quarantaine d'année, tailleur gris, lunettes rouges, chevelure auburn coiffée en queue de cheval » donne tout de suite le ton. Elle conduit à des rencontres rocambolesques et à bien des fantaisies. Chacun se présente sous un pseudo : ainsi, Franz Kafka rencontre Anna Karénine (échec), puis Emma Bovary (second échec). La méthode, destinée à échapper à la page blanche, ne donne pas grand chose -- sinon des scènes amusantes ou inattendues.

Le récit devient mordant quand Octave Carezza brosse le portrait d'Aristide Brillant, son éditeur. Un dialogue révèle les débuts difficiles de leurs relations. La discussion d'un nouveau contrat a bien du mal à s'engager. Olivier Larrizza va plus loin dans la dernière interview de Bernard Pinot-Noir, que le lecteur reconnaîtra sans peine. Inventeur de la rentrée littéraire, dans la période de l'après-guerre, il anima de longues années une émission littéraire majeure à la télévision française. Il fut aussi membre du jury du Goncourt, en un mot le pape de la société littéraire pendant des décennies. Olivier Larizza lui prête des libertés de langage qui le transforme en héros de théâtre du boulevard. Révèle-t-il les dessous du monde littéraire ? S'amuse-t-il follement avec une figure du monde littéraire français ? Il brouille malicieusement les pistes.

Le livre comprend d'autres épisodes tout aussi comiques. Derrière la satire des mœurs littéraires se profilent les misères de la condition d'auteur, à une époque où le développement du livre numérique bouscule l'économie traditionnelle de ce secteur.

Avec le personnage d'Octave Carezza, écrivain en mal d'inspiration et de mirifiques contrats, Olivier Larizza donne libre court à sa fantaisie. Il ne s’appesantit pas sur les situations typiques ou de graves questions. Il les traite avec humour, dérision ; elles deviennent matière du récit. Bien malin qui pourra démêler dans les saynètes le vrai du faux, le vécu de la fiction, les scènes inventées pour Octave Carezza et le vécu ressenti par Olivier Larizza. Le récit déjoue les pesanteurs, la succession de scènes dignes de la Commedia dell'arte entraîne le lecteur dans le monde de la comédie littéraire.

© Chroniques de la Luxiotte
(4 oct. 2014)