Un récit bref mais dense

Le Livre des séjours et des lieux, Mathias Rambaud, éditions Arléa, 110 pages, 15 euros.

par Alain Jean-André

Le Livre des séjours et des lieux

Singulier, dans la production littéraire actuelle, le récit de Mathias Rambaud est marqué par le sceau d'une rencontre décisive, qui va changer le cours de la vie de l'auteur. Ou plutôt le fixer en un lieu imprévu au départ. Lui, qui aurait pu travailler et s'installer au Québec, il retournera, presque sur un coup de tête, à Ljubljana, où il vivra désormais.

Les années passant, il éprouve une nostalgie de sa terre d'origine, le Languedoc. De brefs textes du livre évoquent les Corbières, Narbonne, la Méditerranée, Montpellier et le ramène à des moments de son enfance et de son adolescence. Des scènes fulgurantes donnent une place hallucinante à des chiens. Du calme et de l'ennui de certaines heures peuvent surgir des émotions très fortes, sinon déterminantes.

Mathias Rambaud sait retrouver une antique vision des choses, il donne de ce qui se passe une perception inactuelle. Pourtant, les événements qu'il raconte se déroulent à notre époque : on y parle de trains, d'avions, d'Internet – sans se perdre dans les détails qui nous assaillent. Les aspects méditatifs du livre deviennent vite de savantes rêveries. Le charme narratif l'emporte sur la philosophie.

Aussi n'est-on pas surpris que l'auteur se place sous le signe de Du Bellay, évoque la reproduction d'une gravure de Claude le Lorrain, dont « personne n'a mieux entendu la dégradation des lointains ». Le lecteur qui se laisse entraîner par le mouvement des phrases longues se retrouve dans une atmosphère qui mêle émerveillement et douleur sourde, banalités et sens aigu de la vie.

© Chroniques de la Luxiotte
(30 juin 2015)