À la découverte du Kraï de l'Altaï

Carnets de Sibérie, Région du Kraï de l'Altaï, Philippe B. Tristan, texte et photographies, préface Véronique Schiltz, Editions du Sékoya, 340 pages, 39 euros.

par Alain Jean-André

À l'automne 2012, Philippe B. Tristan a visité la région du Kraï de l'Altaï, au sud de la Sibérie, dans le cadre d'une résidence d'artiste. Sur la page d'accueil de la Luxiotte, on avait mis un lien vers son site qui présentait ses découvertes et ses rencontres sur ces terres sibériennes. Ces pages ont été reprises, avec de nombreuses photographies, dans un livre exceptionnel, au format à l'italienne. Une belle invitation à découvrir un espace méconnu, et le récit d'une captivante aventure personnelle.

La région d'abord – pour se faire une idée – se trouve au sud du Transsibérien, qui passe à Perm, Omsk, Novossibirsk et s'éloigne vers l'est jusqu'au sud du lac Baïkal et à Vladivostok. Elle a pour capitale Barnaoul, et ne doit pas être confondue avec la région de l'Altaï, montagneuse, au contact de la Mongolie. Elle partage une frontière avec le Kazakhstan voisin, territoire de steppes et de déserts, et présente une grande variété de paysages, et de grands lacs, tous aussi séduisants les uns que les autres.

D'une riche histoire aux évolutions présentes

Philippe B. Tristan a le mérite de rendre compte au jour le jour, d'une manière extrêmement vivante, de ses découvertes et de ses rencontres. Il mêle des observations très précises à des réflexions personnelles, avec une liberté de ton réjouissante, passe de la narration de cérémonies officielles à des petites aventures plus rares, comme cette escapade avec Andréï en pédalo sur un lac. Les visites aux musées de Barnaoul, de Biisk, l'amène à s'étendre avec minutie sur l'histoire de ces territoires qui furent ceux des Scythes, peuples eurasiens nomades qui connurent leur apogée entre le VIIe et le IIe siècle av. J.-C.

Il évoque la Tchouïsky Trackt, ancienne route commerciale reliant ces terres sibériennes à la Chine et à l'Inde, aussi les aménagements agricoles et touristiques en cours qui lui permettent de réaliser ce voyage. Il explique l'implication de la Franche-Comté dans le développement d'activités fromagères et viticoles, et l'histoire peu courante de Vladimir Wagner, nouvel entrepreneur russe et d'Alain Baud, viticole du Jura, qui veulent produire du vin en Sibérie. Quelle gageure !

Il ne néglige pas les chansons traditionnelles, comme les chants cosaques qu'il a écoutés et enregistrés et des voix plus contemporaines comme celles de Daria et d'Elena.

Son regard n'est pas celui du touriste. Il le précise clairement lors d'un échange avec son guide : « (Valeri) me pousse vers la photographie que je ne pratique pas, et qui est celle des guides touristiques. Et moi j'aime des images où l'on sent la présence des gens, fussent-ils pauvres et leurs maisons détériorées. Ils sont là et je brûle de les connaître. Deux visions du monde se heurtent : celle du touriste qui ne veut voir que des surfaces lustrées ; celle du voyageur curieux de la vie des hommes qui a envie de les rencontrer, de passer des moments avec eux... »

On le voit, Philippe B.Tristan est un découvreur qui va et voit au-delà des apparences. Pour lui, chaque rencontre est l'occasion de faire une découverte. Il est habité par un authentique esprit d'aventure, très éloigné de celui qui suit un guide, même s'il est le plus souvent accompagné par un traducteur. Et il sait donner à son récit un éclat rare.

© Chroniques de la Luxiotte
(25 août 2015)