Pages de guerre, lettres, récits, romans

Le thème de la guerre est fortement présent dans la littérature. Différents genres en illustrent autant d'éclairages que de facettes. Des livres d'Henri Fauconnier, Blaise Cendrars, Jean Meckert et Claude Simon montrent cette continuité.

Lettres à Madeleine, 1914-1918, Henri Fauconnier, Stock.
La Main coupée, Blaise Cendrars, Folio.
La Marche au canon, Jean Meckert, Arcanes/Gallimard.
L'Acacia, Claude Simon, Editions de Minuit.

par Alain Jean-André

En ces années d'un XXIe siècle bien entamé, la guerre 1914-18 peut paraître loin. Aujourd'hui encore, il semble qu'un tel événement n'a pas livré son véritable poids. Pour preuves, les lettres de combattants que l'on publie depuis quelques années seulement, en particulier les Lettres à Madeleine 1914-1919, de Henri Fauconnier. On y lit une ouverture et une conscience au contact d'une situation qui dépasse l'homme en première ligne.

Quelques jours avant l'armistice, il précise : « Nous ne pouvons pas... juger ce qui se passe dans le coeur du combattant. Il a trop souffert. Ce qui est démoralisant, c'est qu'il combat sans haine, sentant bien que, quoiqu'on en dise, la plupart de ses ennemis combattent dans le même sentiment. Il ne hait plus qu'une chose, la guerre. » Comment dire mieux l'absurdité d'une telle situation ?

Le livre de Blaise Cendrars, La main coupée écrit par l'auteur de 1944 à 1946 (soit trente ans après le conflit où il perdit un bras), nous donne une image puissante et personnelle de cette apocalypse. Son art de conteur l'amène à la narration d'une petite guerre dans la grande, à mi-chemin entre l'autobiographie et le roman, au moment où une autre fait rage.

Par contre, dans un style très différent, plus sec, plus sombre, le récit de Jean Meckert, La marche au canon, qui raconte la débâcle de Metz à la frontière suisse devant la progression de l'armée allemande, au début de la seconde guerre mondiale, montre crûment les aspect inhumains de la guerre. « On votait pour la paix, on payait pour la guerre. Partout, les innocents, enfournés par wagons, roulaient dans les nuits calmes. Et ceux qui pleuraient le faisaient en silence.» 

Quant au roman l'Acacia de Claude Simon (paru en 1989 aux Editions de Minuit), il propose aux lecteurs des pages parmi les plus époustouflantes de la littérature européenne (et peut-être mondiale) du XXe siècle. « Deux nuits et un jour durant, un train roule à travers la France ; à son bord, un régiment d'infanterie de marine se dirige vers le front. Le narrateur s'arrête sur le wagon des officiers : la guerre, ils savent depuis longtemps ce que c'est. Ils éprouvent un vague mépris pour leurs condisciples restés en métropole quand eux se battaient, debout devant l'ennemi,

Chez chacun de ces auteurs, dans des styles différents, on retrouve une forme de dénonciation de l'effroyable mécanique qui broie les êtres ou une obstination finalement loin de l'héroïsme. On se situe à des années-lumière du roman solaire et éblouissant de Jean Giono, Le Bonheur fou.

© Chroniques de La Luxiotte, 9 déc. 2017.


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