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Olivier Bleys : Chronique de Madagascar (1)

Tananarive, le 31 mars 2003,

Cette fois, il s'agit de Madagascar, la 4e (ou 3e, le classement hésite) plus grande île du monde, située dans l'hémisphère sud à 8340 km de la France. Le décalage horaire est minime (à peine 1 h actuellement) mais les constellations, bouleversées : puisque j'ai passé l'Equateur, ce sont des étoiles étrangères qui montent sur l'horizon et l'eau du lavabo tourbillonne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre (une expérience très fiable paraît-il, que je n'ai pu hélas reproduire : le lavabo de ma chambre ne dispose pas de bonde). Le thermomètre connaît aussi des fièvres alarmantes : bien que la capitale soit perchée à 1 500 mètres d'altitude, sur les hautes terres du centre de l'île, et bien que l'été austral prenne bientôt fin, il fait chaud (25 ° aujourd'hui, je pense, d'où ce dilemme très domestique : me vêtirai-je d'un bermudas plus frais mais indécent, aucun homme ne semble en porter ici ou d'un pantalon de grosse toile ? Voyez quelles sont mes préoccupations. Vous feriez mieux de relire " Connaissance de l'Est " de Paul Claudel, votre temps serait mieux employé !).

J'ai pris depuis la France un vol éponyme (Air France) plus ponctuel à l'arrivée qu'au départ. Il faut dire que le dispositif vigipirates complique sérieusement la tâche du personnel des aéroports. J'ai subi pas moins de quatre fouilles à Paris Charles-de-Gaulle suivies, dans l'avion, d'un comptage manuel des passagers qui a mobilisé hôtesses et stewards pendant une vingtaine de minutes. Ils disposent pour ce faire d'un petit appareil à bouton dont le cliquetis rappelle à s'y méprendre le signal bien connu des parachutistes américains pendant la seconde guerre mondiale. Les voyageurs ayant gardé un silence inquiet pendant l'opération (il faut dire qu'une rumeur de colis piégé circulait parmi nous), j'étais assez nerveux quand enfin, l'Airbus 300-340 a pris la piste.

Le voyage, en revanche, s'est bien déroulé. Les Airbus récents disposent d'un écran tactile logé dans le dossier des sièges, qui offrent toute une gamme de divertissements (vidéo et cinéma à la carte, programmes musicaux, jeux échecs ou arcades , suivi du vol…) Dans ces conditions, les dix heures qu'ont duré le voyage m'ont paru autant de minutes. " Faire du ciel le plus bel endroit de la Terre " dit une réclame Air France. Ils y ont presque réussi : cet habitacle où l'on partage son temps entre jeux, repas et conversations semi-mondaines est un paradis suspendu.

Le voisin dont le hasard m'a loti, sur ce vol AF908, mérite qu'on s'y attarde. Français né à Madagascar, établi aujourd'hui en Suède où il tient un restaurant, effectuant six fois par an le voyage Copenhague-Tananarive pour visiter sa femme et ses trois enfants, il possède un relief certain. Par ailleurs, c'est connu, le voisinage même accidentel d'un cuisinier et d'un gourmand (ne cherchez pas plus loin !) peut être détonant. Cependant ce monsieur, maigre " comme un cent de clous " aurait dit mon grand-père, ne reflétait guère son métier : si ce n'est son refus obstiné de goûter à la cuisine du bord, il aurait pu passer pour un entomologiste venu chasser les papillons sur la grande île. Dès Marseille, nous n'avions plus grand-chose à nous dire ; au-dessus du Soudan, le silence était presque froid.

C'est une joie d'être un faux V.I.P. qu'un 4x4 de l'ambassade, avec l'écusson " CD " (Corps diplomatique), vient chercher à l'aéroport. Le chauffeur obséquieux est plein d'égards pour vos bagages. En quelques tours de roue plus rapides que ceux des autres véhicules, car, selon une hiérarchie bien comprise, le 4x4 chasse à coups de klaxon les pauvres taxis (en majorité des 2 CV et des 4 L à Tana) qui freinent son élan , en quelques tours de roue donc nous étions rendus : la lourde grille du centre médico-social français, une sorte de dispensaire dans le centre ville, s'ouvrait pour moi. Hier soir, j'ai donc pris mes quartiers dans une sorte de grand studio qu'on semble avoir déménagé la veille. C'est grand, propre et désert. En toute hâte, j'ai acheté une bouteille de jus de fruit pour mettre un peu de vie dans cet appartement où flotte, venue du couloir, une vague odeur d'éther.

Voilà le simple compte-rendu de ces quelques heures passées dans la capitale malgache. J'ai bien mal utilisé mon temps : une marche harassante sous le soleil, la commande d'un tampon encreur, un repas plus qu'économique sur une table douteuse, une bière dans un café que j'ai dû rapidement déserter face à l'afflux des prostituées (ici, un vazaha un blanc seul, c'est rare !). A ma décharge, il faut rappeler que j'ai déjà exploré Tananarive lors d'un séjour antérieur (1997, les Jeux de la Francophonie). Il me tarde de prendre l'avion pour Diego Suarez ! C'est après-demain.

[suite]

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