Michel Duprez : deux poèmes (1)


Mouillés jusqu'à l'os

– C’est un peu fort de café, lança tout à coup le nuage de lait !
– En effet, personnellement, je dois vous avouer que je tombe des nues, confia la pluie.
– Laissez-moi rire, pouffa la rigole aux lèvres encore humides !
– Vous avez raison, ce n’est pas normal, la preuve : on n’y voit goutte, reconnut le brouillard…
– Chut, taisez-vous tous ! Si vous croyez que c’est ma tasse de thé, détrompez-vous, je suis tellement las de vous entendre patauger dans la gadoue qu’il me prend l’envie de m’étendre et de me reposer un peu, lâcha l’étang qui pérorait en ondulant du bassin !
– En tout cas, moi, tout ce que je peux vous dire c’est que ce n’est pas mon rayon, fit savoir le soleil ! – Mais, enfin, comment pouvez-vous rester de glace, tempêta la neige !
– On ne va tout de même pas en faire un roman-fleuve et rester planté là en pleurant comme une fontaine, avertit le tuyau d’arrosage ! Faites-moi confiance au moins pour cette fois. Étant quelqu’un de particulièrement bien branché et réputé pour sa bonne conduite, non seulement je sais de quoi je parle mais je peux vous assurer qu’avec moi rien ne filtre.
– Allez, je me jette à l’eau, tonna l’instant d’un éclair ! Mais n’allez surtout pas croire que vous réussirez à me prendre pour une cruche. De toute façon, si je coule, sachez que vous plongerez aussi.
Pfffff ! Rien à dire, encore une journée bien arrosée !


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