Alberto García-Teresa, Il faut manger le monde à belles dents
traduit par Jacques Fuentealba

IL FAUT MANGER le monde à belles dents.

Il faut montrer les dents, les aiguiser,
Les planter avec acharnement et rage.

Il faut manger la vie à belles dents ;
Avec des morsures nettes, intenses,
Au plus près de l’os à nu,
Avec des bouchées de cœur affamé.

Il faut défendre le monde à belles dents.

Il faut danser parmi les crissements d’épées :
D’épées, avec la poitrine découverte.
Il faut vivre en permanence sur ses gardes,
En défendant la vie au corps à corps,
En défendant la vie face à face.

Il faut découvrir la vie à belles dents.

Il faut déterrer les étoiles du sable,
Il faut dessiner des traits d’arc-en-ciel avec les doigts,
Broyés par la routine, le travail et l’ennui.
Il faut éloigner la brume des têtes
Avec des cris de silence et de conscience.

Il faut se plonger dans le monde à belles dents.

Il faut se dérober aux ombres avec bruit
Avec un tonnerre d’idées et de mots.
Il faut se dérober avec bruit
En redoublant d’actes et de passions,
Avec des poignées d’éclats de rire.

Il faut attaquer la vie à belles dents ;

Marcher dans la pénombre précaire,
Marcher face au pouvoir et aux piranhas.
Ne jamais céder de terrain à la terreur et à l’ignorance.
Lever le regard acide vers le matin.

Il faut caresser la vie à belles dents ;
Leur arracher le temps volé chaque journée,
Éparpiller des embrassades parmi les sonnettes et les paies,
Offrir de la tendresse et rendre les jets de pierre,

Il faut manger le monde à belles dents.

Hay que comerse el mundo a dentelladas, 2008

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