Olivier Hobé : Une douzaine d'eux (extraits) (2)


4.VIII.11, Labeaume

« La voix trompe rarement. » (Michel Serres). C'est peut-être vrai, il faut bien dire oui au monde, au moins une fois dans sa vie.

Ça y'est je me suis libéré de Jean-Jacques, de Gasc, de toute la grande et sainte écriture, j'ai dégagé de mon territoire les poètes du Mont Valéryen, je bazarde, les idées d'ailleurs, je n'en ai plus beaucoup. En fait, oui, ma chair toute entière débarrassée de tout idéal extra-homme comme extra-dieu, du côté obscur de la force diraient les trentenaires, je ne peux maintenant plus que constater une certaine inanité.

Et j'y jouis, la vieillesse neuve, Thomas Fersen, ça pique, ça pique quand Q. m'embrasse, j'ai peut-être viré ma préciosité quand j'ai découvert l'extinction probable d'une grande partie de mes feux, depuis l'orange qui délimitait alors son cancer ; je ne suis pas loin de déposer même un surréaliste : Breton.

On est dans la douleur, c'est une évidente douleur, le surréel contenu dans le réel : douleur ! Les méandres mallarméens : rivières de douleur ! Kafka, Guérin, Fulbert de Chartres, putain de douleur. Et Jünger, Jünger, « Sur la douleur », bordel, dehors ! Dehors le surréel même ! Tout dehors.

Dans le même temps (revoilà mon français de 4ème au collège de Carquefou, les premières longues distances en mob, 24 km aller-retour), on me dit que l'expression « si ça peut pas faire de bien, ça peut pas faire de mal » est de Victor Hugo, j'accuse le coup. Je vieillis allegro, et aucune soutane à l'horizon pour m'absoudre.

Merde, sur la plaque, les saucisses.


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