Roger Munier : Comment dire ?

« Comment dire ? » ― Oui, comment dire ?
Nous ne parlons pas la langue.
Nous parlons.

C'est entre toi et ce que tu vois,
dans cet entre-deux de la vision,
que tout se passe.

Tu n'as pas l'accès, homme exclu du Jardin,
mais tu sais,
de ce savoir amer et noir
de qui n'a pas l'accès.

Tout s'efface aussitôt,
s'efface en apparaissant.
Si peu que tu le fixes,
aussitôt se perd en soi.

Arrête-toi, oui, contemple,
mais ne t'attarde pas.
On ne peut être que hélé
au passage.

La goutte ne sait pas qu'elle est goutte,
puisqu'elle est dans la mer.
Mais, goutte, elle ne sait pas non plus la mer.

Courbé sous le vent, le jeune arbre
acquiesçait au passage du souffle.
Au Passage.

L'apparence ne fait peut-être que cacher
ce qui n'ose apparaître.

Quand je dors, les choses veillent.
Les choses me veillent, comme on veille un mort.

Le silence appelle le silence.
Il est moins le silence
que ce qui appelle le silence.

Il y a sans doute un Sens,
mais il n'a pu venir jusqu'à nous.

Le ruisseau dans les herbes fait un bruit mouillé
qui dit, lorsqu'on l'entend,
quelque chose qui se dit avant qu'on l'entende.

Rien ne se cache.
Rien non plus
ne se montre.